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10/05/2018

Le bon père - Noah Hawley

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Paul Allen, brillant rhumatologue, menait une vie épanouie dans le Connecticut avec sa seconde épouse et les jumeaux jusqu'à ce soir d'actualité brûlante (le candidat du parti Démocrate favori des élections présidentielles venait d'être victime d'un attentat) où le FBI sonna à sa porte.
Sa vie bascula en enfer.


L'histoire de Le bon père, c'est l'histoire d'un cheminement. Celui d'un père qui refait le chemin à l'envers. C'est un combat pour la vérité et/ou l'acceptation.

Paul Allen est un médecin, il sait poser le diagnostique d'une maladie qui délivrera ses patients de mois, voire années de douleurs incomprises. Il enseigne ça à ses élèves, l'importance de ne pas se précipiter, de passer chaque symptôme en revue, de confronter à d'autres cas et d'être sûr de soi quand il faut annoncer le résultat. Il sait aussi que des erreurs sont commises, des fautes qui conduisent malheureusement au décès du patient.

Quand le FBI vient annoncer à Paul Allen que son fils est impliqué dans l'attentat contre Jay Seagram, sénateur démocrate en course pour la présidence des États-Unis, la stupéfaction laisse place au doute. Non, non son Daniel, ce gamin plein de vie, doux et pacifiste, si attentionné envers ses demi-frères, ne peut pas être un criminel.
Mais aux dernières nouvelles, Daniel, 20 ans, est sur les routes d'Amérique depuis des mois, il a quitté la fac comme ça, un jour, sans prévenir.

Pour Paul les images ne sont pas pertinentes, les témoignages non plus. Le doute subsiste dans tout ce qu'on lui a présenté jusque-là, dans ce qu'il sait de son fils. Mais Daniel, Danny, s'est muré dans le silence. Alors c'est à lui, le bon père, d'agir, de ne pas abandonner ce fils perdu de vue. Celui-là même qu'il a laissé à 7 ans à son ex, celui-là même qu'il croyait connaître, qu'il connaît si peu au final.
Paul Allen va remonter le fil du temps, passer à la loupe les derniers mois de déambulations à travers le pays, les rencontres, faits et agissements de Danny. Peut-être a-t-il rencontré quelqu'un qui... Si ce n'est pas lui, c'est un autre hein...
Et puis, parce que lorsqu'un enfant commet un crime, c'est aussi les parents qui sont jugés, montrés du doigt, le père va se pencher sur sa relation au fils. A-t-il été vraiment là pour lui? Quel impair a-t-il commis? Le laisser peut-être à cette mère un peu instable. Si ce n'est pas lui, c'est l'autre hein?
Il faut encore remonter le passé, l'enfance, l'adolescence. Et si quelque chose s'était passé encore plus loin dans le temps, si un évènement était venu pourrir la nature profondément bonne de ce gosse. Si ce n'est pas l'éducation, c'est forcément un traumatisme extérieur hein?

Le diagnosticien va alors étudier chaque moment de la vie de son fils, revisiter le passé, comme s'il avait affaire à une étude de cas pathologique. Il faut tout passer en revue, ne rien laisser au hasard, ne pas se précipiter dans son jugement et arriver au bon diagnostique. Coupable ou non coupable le fils? Et la question plus profonde encore, coupable ou non coupable le père?

J'ai englouti ce roman noir en moins de 24 heures tant j'étais prise par la tension narrative et le besoin de connaître rapidement l'aboutissement de cette histoire. Plus que de savoir si la culpabilité de Daniel était avérée, c'est le pourquoi du comment qui m'intriguait. En cela, Le bon père peut être considéré comme un véritable page-turner.
C'est terrible de voir ce père se débattre avec les faits, avec la vision "angélique" qu'il a de son fils aîné, avec sa propre image de père. De le voir remettre en question ses propres bases. De risquer de se perdre et perdre sa famille dans ce combat. C'est douloureux et puissant.
Quelque part c'est aussi terrible de voir ce qui a conduit à tout ça. C'est totalement incompréhensible et en même temps, une part de moi a compris. Un truc "anodin" peut faire basculer une vie.

Il m'est apparu aussi que la culpabilité du fils, qui reste à prouver, est au fond un paravent. Dans cette histoire, au final, n'est-ce pas la question de la responsabilité du parent qui est traitée? Elle est percutante, troublante, douloureuse.

Noah Hawley, en scénariste accompli qu'il est, ne s'y trompe pas dans sa manière de nous narrer cette histoire. Entre la voix du père et celle du fils, il glisse des rapports/études de criminels ayant marqué l'Histoire du pays. Même si se pencher sur la vie des grands psychopathes États-uniens n'est pas un passe temps, j'avoue que lire ces quelques passages a été vraiment intéressants et, au-delà de cet aspect "instructif", ça met certaines choses de l'histoire en lumière, ça amène des révisions de jugement aussi.
J'ai trouvé intelligent par ailleurs de faire mener l'enquête du père comme s'il devait poser un diagnostique médical. Cela n'en fait pas un récit clinique et froid pour autant. Au contraire, c'est une histoire très chargée d'un point de vue émotionnel. J'en veux pour preuve l'émotion qui m'a submergée dans les dernières pages.
Il faut aussi comprendre que ce n'est pas un roman type policier. C'est avant tout un roman noir avec un fond psychologique extrêmement bien travaillé, tant au niveau du père que du fils.
Il y aurait encore beaucoup à dire sur tout ce que soulève de questions ce roman, sur tout ce qu'il aborde. En le lisant, j'ai pas mal pensé au film We need to talk about Kevin. L'histoire est différente, là c'est une mère qui revient sur la tuerie commise par son fils, mais le cheminement des parents est identique. Doute, remise en question, acceptation. Et c'est un chemin de croix.

Le bon père est un roman noir qui monte en puissance au fil des pages, il est tout en tension. C'est un roman qui permet le doute, pas le jugement.
Je recommande ce titre. Quant à moi, je relirai avec plaisir Noah Hawley.

"J’ai regardé les images. Mais la réponse continue de m’échapper. Plus que tout, je veux savoir.
Car voyez-vous, je suis son père.
C’est mon fils."

"Quand on est jeune, il n'y a rien de plus romantique que la liberté - cette certitude insouciante qu'on peut aller partout, qu'on peut tout faire."

"Avec les gamins, on ne sait jamais, finit-elle par répondre. Mon père nous frappait, mon frère et moi. Dans le temps, c'était monnaie courante. C'était normal. On coupait la parole? On se prenait la ceinture. On revenait après le couvre-feu? On se prenait la ceinture. Je ne me suis jamais sentie abîmée par ça."

"Dites à votre garçon, dites-lui que j'attendrai. Dites-lui de ne pas avoir peur. On se retrouve tous dans un endroit merveilleux, quelque part, et il ne sera plus seul."

"Le vent s'est levé et, d'un souffle proche du bruit de la pluie sur l'eau, a agité le saule. Il était temps de cesser le combat."

Aux Éditions Folio, un grand merci!

Commentaires

Je retiens pour éventuel cadeau de Noël pour ma sœur :p

Écrit par : Tigger Lilly | 13/05/2018

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Oh tu me diras ce qu'elle en pensera alors. A part un avis, tous les autres étaient positifs.

(et tu as donc une sœur qui aime les romans noirs? c'est cool. Mais pas toi alors?)

Écrit par : c'era/itenarasa | 13/05/2018

Il a l'air finement construit ce roman et venant d'un scénariste, c'est normal je pense!

Écrit par : Nicolas | 14/05/2018

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Je l'ai effectivement trouvé fin dans sa manière d'amener les choses. Je ne sais pas si c'est lié à sa profession 1ère mais en tout cas, ce n'est à aucun moment pesant. En tout cas, à mon goût. :)

Écrit par : c'era una volta | 14/05/2018

J'aime beaucoup l'idée du parcours paternel fait à rebours. Ce roman semble fort, et tes mots le prouvent. Un autre titre de Noah Hawley : "Avant la chute" m'attire aussi, sans vraiment savoir pourquoi... Une intuition qui se confirme avec cet excellent retour de lecture, c'est parfait ! Merci :)

Écrit par : Lupa | 14/05/2018

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Il est fort parce qu'il touche à quelque chose de très intime dans la relation père/fils et dans l'appréhension de ce rapport. Et puis la vision de l'un est contrebalancée par celle de l'autre.

Je note Avant la chute. Je prévoirai un parachute! Merci et merci de ton com :)

Écrit par : C'era/Itenarasa | 14/05/2018

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