27/07/2018
La gouvernante suédoise - Marie Sizun
La bonne à tout faire
Stockholm, fin XIXème, Hulda tout juste sortie de son pensionnat, va succomber au charme de Léonard Sézeneau, un français installé en Suède où il enseigne la langue de Molière.
Au mariage controversé, mais finalement accepté, succèdent les naissances. Léonard, maintenant dans les affaires décide qu'il est temps de déléguer la charge des enfants à une gouvernante.
C'est ainsi que Livia Bergvist entre chez les Sézeneau et s'installe dans les lieux et le cœur de chacun.
Il n'est pas facile de parler de ce roman. Peut-être parce que c'est avant tout une histoire qui se ressent et dont l'ambiance vous imprègne au moment de sa lecture.
Lectrice immergée au cœur d'une relation que j'ai vu naître et s'épanouir rapidement, du haut de mon poste, j'ai jeté un regard attentionné sur ce foyer. Un foyer qui voit l'homme prendre peu à peu le large, trop occupé par ses affaires et les voyages qui s'y rapportent. Un foyer qui voit l'épouse être vite débordée et épuisée par les naissances successives.
Pourtant, le bonheur est encore là, on jouit d'une certaine aisance, le couple s'aime toujours, Hulda est à nouveau enceinte. L'homme veille apparemment aux besoins de femme et enfants.
Lectrice, j'observe maintenant cette jeune gouvernante suédoise qui a pris ses fonctions chez les Sézeneau. Elle est charismatique, elle prend sa place et même un peu plus. Elle séduit chacun et gagne rapidement l'affection de tous, la mienne aussi.
Lectrice, j'en viens à déplorer que Hulda n'ait pas autant de caractère et d'entrain que la gouvernante, Livia. Elle en devient même agaçante. Mais il faut se raisonner, comprendre que c'est une toute jeune fille qui s'est mariée à un homme déjà mûr, comprendre qu'elle n'a sans doute pas été assez préparée à tout cela. Comprendre que Léonard Sézeneau est au final bien plus préoccupé par ses affaires que par le bien-être de son épouse. Comprendre qu'il a au final bien plus d'affinités avec Livia qu'avec la fragile Hulda.
Il se fait dur et froid, plus maître qu'époux.
Lectrice, je sens que le vent tourne.
Et il tourne effectivement et les porte jusqu'en France.
Lectrice, j'observe quasi omnisciente ce qui se joue, ce qui se noue et se dénoue. J'observe les cœurs lourds, les cœurs brûlants. Je suis une tour de contrôle qui n'a aucune prise sur ce qui advient aux uns et aux autres. Je suis là, j'observe ces personnages assumer, se consumer et je suis souvent tirailler par des émotions et envies contraires pour chacun.
A la fin, je comprends le pourquoi de ce roman, le lien avec l'autrice, son besoin de lever le voile sur l'histoire familiale, reconnaître aussi ceux qui font qu'elle est là aujourd'hui, leur donner du sens. Je me dis "c'est une sacrée histoire de famille quand même" avec sa touche romanesque, son parfum de scandale familial, sa respectueuse réserve aussi.
Si le point final à l'histoire de Livia, Hulda et Léonard n'est pas heureux, je me dis qu'il en est tout de même sorti quelque chose de positif pour l'autrice.
Moi, j'aurai au moins pris plaisir à lire ce récit intimiste sous cette plume élégante.
"Qu'elles sont singulières, à Stockholm, ces journées de novembre où la nuit tombe si tôt, où le jour disparaît à peine né ! Qu'il est étrange ce temps où les bruits de la ville se voilent soudain d'une brume devenue étoupe ! Où, pour celui qui écarte doucement le rideau de la fenêtre, tout, dehors, semble devenu un peu irréel : rues nébuleuses, où les réverbères déjà allumés projettent ça et là l'incertaine lumière du gaz, dessinant l'ombre fugitive d'un passant, l'esquisse d'un fiacre, le fantôme d'une calèche."
"On s’observe. On attend. Il va se passer quelque chose, mais rien n’arrive. C’est comme un orage qui menace autour d’eux en ce printemps au ciel capricieux. Comme une pluie dont on sentirait l’approche, mais qui ne vient pas. Comme un cri retenu dans la gorge, et qui n’est pas poussé."
"Il y a des histoires étranges dans les familles. Des secrets, des choses inavouables, sur lesquelles les adultes se taisent, comme si le silence pouvait étouffer la réalité, et, qui sait, la faire disparaître. Mais il arrive que, malgré tout, des mots s'échappent, parviennent aux oreilles des enfants distraits, et même à demi, ils les entendent. Un jour, ces mots prennent sens, et une histoire singulière se dessine."
Merci aux Éditions Folio!
13:41 Publié dans Bang | Tags : la gouvernante suédoise, marie sizun, 19ème siècle, famille, couple, enfants, relations, trouver sa place et y faire son nid, à chacun son rôle, secrets d'ancêtres, amours ancillaires, la bonne à tout faire | Lien permanent | Commentaires (14)
Commentaires
Écrit par : Nicolas | 27/07/2018
Quant à l'empathie, j'en parle en com sur ton billet, de mon côté j'en ai ressenti pour Hulda et Livia. Il n'y a que Léonard qui n'en a guère suscitée. Lui ben grrr :p
Merci de ton retour et com :)
Écrit par : c'era/itenarasa | 27/07/2018
Écrit par : Lupa | 27/07/2018
Écrit par : c'era/itenarasa | 01/08/2018
moi il y a des petits trucs qui m'ont dérangé dans ma lecture. Marie Sizun place quelques mots qui laissent sous entendre des choses (encore plus de secrets) et finalement restent mystérieux. Notamment autour du mari (comportement et activités). Je ne peux pas en dire plus sans spoiler et influencer la lecture.
J'ai beaucoup pensé aux conséquences sur les enfants, mais là n'est pas le sujet du roman.
J'ai cependant bien aimé cette histoire.
Écrit par : Ramettes | 28/07/2018
Les secrets de famille ont toujours des conséquences sur les descendances. C'est mon avis sur le sujet ;)
merci de ton commentaire Ramettes
Écrit par : c'era/itenarasa | 01/08/2018
Écrit par : Tigger Lilly | 29/07/2018
merci merci merci!
Écrit par : c'era/itenarasa | 01/08/2018
Écrit par : Alex-Mot-à-Mots | 02/08/2018
Écrit par : c'era/itenarasa | 23/08/2018
Écrit par : Licorne | 03/08/2018
Écrit par : c'era/itenarasa | 23/08/2018
Écrit par : stellade | 08/08/2018
Écrit par : c'era/itenarasa | 23/08/2018
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