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07/07/2019

Les étoiles sont Légion - Kameron Hurley

les étoiles sont légion,kameron hurley,space opera,et plus si affinités,femmes,rien que des femmes,vaisseaux, vaisseau monde,guerre,quête de soi,récit initiatique,science fiction,challenge,summer star wars solo,du rsf blogVive le compost maison!

Légion est le nom donné aux vaisseaux-mondes de l'Univers, des mondes organiques malades, condamnés. En leur sein, les guerrières Bhavaja et Katazyrna s'affrontent pour conquérir la Mokshi, seul vaisseau sain.
Zan, commandante guerrière, amnésique à force d'être avalée et recrachée, porte sur ses épaules l'espoir de sauver la Légion et mettre fin à la guerre. Zayd, sœur parmi les sœurs, fine stratège, est aux commandes de cette mission qui tourne en boucle depuis trop longtemps.
Les deux femmes vont tenter le tout pour le tout. C'est sans compter, Rasida, seigneure des Bhavaja, déterminée à conquérir tous les vaisseaux-mondes et plus que tout la Mokshi.


Dès le début du roman, j'ai été intriguée par l'histoire de Zan, son amnésie, cette histoire de recyclage, épée de Damoclès planant au dessus de sa tête. Intriguée aussi par son lien à Jayd, les sous-entendus concernant leur mission de conquête de la Mokshi. Intriguée enfin par l'univers et ces vaisseaux-mondes qui se découvraient petit à petit, très petit à petit.


Le récit se construit en alternant les points de vue à la première personne, ceux de Zan et Jayd. L'une, tout à sa quête d'identité, concentrant toutes les interrogations sur qui elle est réellement et cherchant à combler les vides béants de sa mémoire et par là de son moi. Portée aussi par son attachement à Jayd et à percer les mystères du vaisseau-monde où elle évolue, cherchant enfin son chemin vers la surface.
L'autre, tout à sa quête d'un nouveau monde, élaborant stratégie sur stratégie, n'ayant en ligne de mire au final que de réaliser son objectif, prête à tout et luttant pour y parvenir. Sachant tout de même qu'elle n'y parviendra pas seule.

Si la première suscite rapidement sympathie par son caractère franc, la seconde me questionne, notamment sur ses motivations réelles et la duplicité qui semble être sienne.
En tout cas, l'une et l'autre par ce qu'elles vont être amenées à traverser (dans tous les sens du terme pour au moins une) ont rendu cette lecture de plus en plus intéressante et plaisante. L'intérêt c'était aussi de savoir quelle serait l'issue pour chacune d'elle et elles réunies ou pas. Suspens certain.
Bon, je ne vais pas le cacher, ce que vit Zan, son aventure intérieure (assez métaphorique quand on y pense) a sans doute été ce qui m'a le plus accrochée dans ce roman. Du côté de Jayd, ça ne manquait pas de piquant et de tensions, mais c'était stationnaire, si je peux le dire ainsi. En tout cas, nécessaire pour comprendre un peu mieux les tenants et aboutissants qui la lie à Zan et le fonctionnement de la Légion.

Le récit de Zan nous offre quant à lui, un sacré voyage au sein de son vaisseau-monde. Des entrailles de ce dernier jusqu'à la surface et au-delà, le lecteur assiste à sa renaissance, une renaissance qui ne se fait pas sans luttes et souffrances.
Et telle un Frodon Sacquet en terre du milieu, la voici qui sur son chemin initiatique, se retrouve affublée de compagnes pour le moins surprenantes. Das Mundi, Casamir, Arankadash, pour nommer ces personnages secondaires de premier choix, sont de savoureux épices qui agrémentent l'aventure. Au-delà de la sympathie qu'elles ont fini par susciter, chacune apporte un bonus au récit, l'approfondissant par ce qu'elles amènent de leurs propres univers. Un écosystème tout ce qu'il y a de plus étonnant et varié.
La sauce a vraiment pris, je crois, lors de ce périple permettant de voir l'évolution de Zan, j'ai adoré les chapitres qui lui étaient consacrés. Ils étaient vivants, animés, mouvementés. Intéressants pour tout ce qu'ils m'ont donné à voir des strates du vaisseau-monde de la Katazyrna, qu'elles soient "géologiques" ou "sociétales".


J'ai trouvé assez fascinant, même si quelque peu déroutant, l'univers construit par Kameron Hurley. Sans doute que pour les férus de SF, c'est du déjà-vu, mais pour moi, qui suis novice dans le genre space et planet opera, les vaisseaux-mondes avec leurs différents niveaux, organiques, vivants, emplis de fluides divers et variés, de leurs populations éclectiques, j'ai trouvé ça assez dingue de créativité, épatant en fait.
Pas mal de lecteur.ices ont décrit cette lecture comme peu ragoûtante, assez cracra en raison du côté organique et de ses descriptions, notamment de fluides divers et variés s'écoulant des mondes ou des femmes (d'ailleurs, est-ce parce qu'il est aussi question de fluides féminins que ça en rebute certain.es? Je pose la question là hein). Je dois dire que ce n'est pas quelque chose qui m'a gênée (sans doute parce qu'amatrice de thrillers, j'ai été confrontée à pire...). Donc, je n'y ai pas été sensible, ni n'ai eu le sentiment que l'autrice en avait joué à outrance. Pour moi, cela participe simplement à voir l'univers décrit tel qu'il est constitué, à le ressentir presque viscéralement.
A travers les regards de Zan et Jayd, c'en est d'autant plus visuel.


Je ne vais pas en remettre une couche sur le féminisme avéré ou non de Les étoiles sont Légion. Mais oui, il faut le savoir (ou pas?), c'est un roman d'où les hommes sont absents, à 99.9% constitué donc de personnages féminins (bon y a aussi des bestioles mais l'histoire ne dit pas s'ils sont mâles ou femelles, ou j'ai oublié).
Est-ce gênant? Absolument pas.
Est-ce que ça amoindri l'intérêt de l'histoire? Absolument pas.
De mon point de vue, la testostérone dans un roman n'est pas un gage de sur-qualité. Ici, le récit de Kameron Hurley compose (amha) très bien sans. Les femmes en présence font leur job, elles sont pour certaines plutôt pêchues et point de vue combat, survie n'ont rien à envier aux mecs. Au moins, il n'y en a pas un ici pour tirer la couverture à lui, comme trop souvent, et faire que tout ce qui est accompli par des femmes soit minimisé, invisibilisé ou tourne à l'avantage de ces messieurs. Comme le dit si bien Tigger Lilly dans son avis, en absence de comparaison homme/femme, toute la lumière ici reste sur les femmes qui composent l'histoire et qui la composent bien.
Et puis Kameron Hurley est une féministe engagée, je présume que d'avoir construit un roman sans homme est déjà en soi un choix féministe engagé.


Quant au débat sur le fait de savoir s'il s'agit bien plus d'un roman SF ou plus de fantasy, je ne suis pas la plus à-même d'en parler.
M'enfin, moi toute novice que je suis, je me dis qu'il est quand même question de vaisseaux-mondes errants quelque part dans l'Univers, que les espèces qui y vivent ont développé des techniques et technologies pointues et ayant trait notamment au transhumanisme, des capacités supra-humaines qui n'ont rien à voir avec notre réalité présente, qu'il y a quelques batailles badass in and out les vaisseaux (je sais je me satisfais de peu), plus tout un tas d'autres éléments qui me semblent être suffisamment présents pour que son appartenance à de la Science-Fiction (pas de la hard SF c'est sûr) ne soit pas remise en question. Non?
Et puis, je ne comprends pas la restriction exclusive des genres. Pourquoi un roman devrait-il se restreindre et être plus ci ou plus ça? Ne peut-il pas être ci et ça à la fois? Puisqu'il comporte des éléments narratifs de l'un et l'autre.
Est-ce que l'histoire en elle-même n'est pas plus importante que le genre dans lequel éditeur ou lecteur.ices veulent la classer à tout-prix?
Après je peux comprendre que si un.e lecteur.ice s'est lancé.e dans la lecture de ce roman en s'attendant plus à de la Science-Fiction, sauce space opera (action dans l'espace rien que l'espace, combats vaisseaux pew pew, etc) qu'à un roman mixant les genres jusqu'à tendre vers la fantasy (pas tant que ça en fait -amha-), la déception soit au rendez-vous.
Et je comprends encore plus si le roman est vendu par l'éditeur (ou qui sais-je d'autre) comme étant 100% SF space opera pur et dur et que c'est ce qui a motivé son acquisition.
BREF, it was my 2 cents en toute humilité et sans agressivité :)

Les étoiles sont Légion est un roman qui ne donne pas toutes les réponses, il faut le savoir et l'accepter. C'est quelque chose qui me dérange rarement. Ici, il m'a semblé que le récit pouvait s'abstenir de tout le contexte historique et scientifique pré-figurant les vaisseaux-mondes, leurs guerres et leur population féminine.

A saluer, la traduction, de Gilles Goullet, sans doute excellente (j'ai juste un peu tiqué sur la sur-utilisation de l'euphonie en -é) en regard du texte soigné qu'il nous donne à lire. Elle permet de mettre en valeur le style de l'autrice, très agréable à lire.


En un mot, lisez sans attente particulière, sinon celle du plaisir, Les étoiles sont Légion pour découvrir un univers surprenant et ô combien intéressant, pour ses épatantes héroïnes (peut-être que vous en découvrirez plus que promis), pour aller plus loin aussi dans votre découverte des lectures de l'imaginaire.


"Tu peux faire tout ce que tu veux, répond-elle. C'est ta chair tu sais. Si un cancer me rongeait le bras, tu ne me dirais pas que je ne peux pas me l'amputer."

"Qu'est-ce que la réalité de toute manière? Quelque chose que nous fabriquons avec nos esprits. La tienne existe aussi sûrement que la mienne."

"Nous croyons ce qu’on nous a raconté sans le remettre en cause. Mais chaque niveau est le même. Toutes les femmes rationalisent en disant que c’est quelque chose qu’elles ne comprennent pas, mais qui est nécessaire. Ce que je refuse. Personne d’autre que moi n’a la responsabilité de mon destin."

 

Cette lecture est sponsorisée par le challenge Summer Star Wars Solo du RSF blog (Lhisbei) auquel je participe pour la toute première fois (merci de l'accueil!)

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Retrouvez sur la toile des blogueurs tout un tas d'autres avis :
Blackwolf, Tigger Lilly, Chut maman lit, Tachan
(tous forts bien étayés, plus que le mien en tout cas)

Commentaires

Pour une première participation, c'est très réussi Itenarasa. Merci à toi

(et oui, les fluides féminins posent peut-être problème : entre le bannissement temporaire des femmes pendant leurs règles dans certains pays et les pub pour protections hygiéniques dans lesquels le sang est représenté par un liquide bleu chez nous par exemple... on peut se poser des questions)

Écrit par : Lhisbei | 07/07/2019

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Merci Lhisbei (ça fait plaisir et ça encourage!) :)
Je suis contente d'avoir tenu cet engagement de challenge avec au moins un titre lu et validé dans le thème.

(j'ai provoqué un peu par ma question parce qu'il n'est pas question que de ça, mais aussi. Et oui, il y a pas mal de choses présentés et probablement intégrées comme tabous et crades relatives aux fluides féminins ^^ )

Écrit par : Itenarasa | 08/07/2019

Quoi ? Lire un livre pour le plaisir et l'apprécier tel qu'il est ? Mais quelle est cette sorcellerie ?! =P
Je ne sais pas si je l'apprécierai - pour des raisons non-liées aux pseudo-débats qui malheureusement hantent son chemin et me laissent pantois - mais je lui donnerai certainement sa chance un jour, parce que ce qui est différent mérite d'être tenté. Ton avis - qui est lui aussi bien étayée ;) - me conforte sur cela. ^^

Écrit par : Baroona | 08/07/2019

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Il paraît que ça peut être une expérience satisfaisante. Certain.es l'ont vérifié ^^

Je te remercie d'accorder de l'importance à mon avis et ce qui est certain, c'est que je garderai une oreille attentive à ton propre avis quand tu l'auras lu (un jour).
Merci

Écrit par : itenarasa | 08/07/2019

J'ai mis un peu plus longtemps que toi à rentrer dedans mais j'ai fini par l'apprécier aussi. Et je suis d'accord, je l'ai mis dans la case sf aussi ;)

Écrit par : Zina | 09/07/2019

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Merci Zina d'appuyer mon avis :)
(sorry d'avoir tardé à répondre, entre le plantage pc, la canicule qui me donnait pas envie d'allumer le pc et de petits soucis de poignet/doigts...)

Écrit par : itenarasa | 23/08/2019

Très chouette billet !
Je suis contente qu'il t'ai plu, du fait que bon tout de même tu l'avais acheté parce que j'arrêtais pas de t'en dire du bien XD
Après plusieurs mois de lecture, ça reste pour moi un livre marquant.

Écrit par : Tigger Lilly | 11/07/2019

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(oh et merci pour le lien :))

Écrit par : Tigger Lilly | 11/07/2019

Je suis contente d'avoir suivi ce bon conseil de lecture, c'est un roman et une histoire qui ne s'oublie pas.
J'attends la prochaine recommandation aux Uto' 2019 :p

(de rien, normal)

Écrit par : itenarasa | 23/08/2019

Assez ironiquement c'est peut-être bien parce que ce livre suscite des débats sans fin que j'ai fini par avoir envie de le lire. Il est dans ma wishlist en tout cas ^^

Écrit par : Vert | 14/07/2019

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Je peux te le filer aux prochaines Uto si tu veux, y a qu'à demander.
Et j'espère qu'il te plaira, ton avis sera donc à suivre

Écrit par : itenarasa | 23/08/2019

J'avoue que pour ma part même si j'ai adoré ce roman un peu plus de réponses n'auraient pas été de refus, merci pour ma curiosité !

Écrit par : shaya | 28/07/2019

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Comme? dis moi

Écrit par : itenarasa | 23/08/2019

Article très intéressant sur un livre que j'ai souvent vu passer en librairies et salons :)
L'écriture des personnages me semble assez fine avec une profondeur certaine.
Je serais curieuse d'en savoir plus sur ce fameux compost ;)

Écrit par : La Méduse Neurologique | 12/08/2019

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Merci :)
Le style est plutôt bon. Quant au compost, je suis ouverte aux questions. On aura l'occasion d'en parler aux Utos si tu veux.

Écrit par : itenarasa | 23/08/2019

Je suis à 100% d'accord avec toi sur la restriction exclusive des genres. Pourquoi faut-il toujours entrer dans des cases sans déborder sur d'autres ? Quelques touches de magie dans un univers SF, je dis pourquoi pas, si c'est bien fait, seule l'histoire compte ;-) J'aime beaucoup le titre, et ce que tu en dis. Merci pour ton séduisant retour :)

Écrit par : Lupa | 17/08/2019

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Merci d'abonder dans mon sens et partager cet humble avis.
Il y a une certaine psychorigidité dans cette manière de restreindre, enfermer. Vive les débordements au-delà de! :p :p :p

Roman à découvrir!

Écrit par : itenarasa | 23/08/2019

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