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27/10/2020

Au bal des absents - Catherine Dufour

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Au lieu de traverser la rue, Claude elle a jeté un dernier coup d’œil à son profil Linkedin.
Coup de pied au destin, la voici sauvée de la rue pour quelques temps.
A 40 ans, sans emploi, sans solution, elle a dû lâcher son studio.
L'offre de mission proposée est étrange, mais elle l'accepte, pas le choix. C'est ça ou être SDF.
La voilà donc partie pour Illionville, bled paumé entre tous les bleds paumés, à investiguer sur la disparition d'une famille américaine volatilisée.
Mais leur dernier lieu de vie, ne se montre pas très coopératif avec notre enquêtrice improvisée, ni les rares habitants du village...


Un moment que je voyais le nom de Catherine Dufour revenir sur les blogs des copinautes, notamment sur celui de Tigger Lilly qui, par sa dernière chronique du moment, m'a convaincue que je devais lire l'autrice.
Et me voilà donc dans cette petite librairie bistrot, Le Kairn, au fin fond des Pyrénées, à consulter le minuscule rayon imaginaire. Et que vois-je? Le dernier titre paru mis à l'honneur dans les nouveautés. Ni une, ni deux paf dans ma besace!

Le soir même j'entamais sa lecture...

Je me demande parfois à quoi ça tient qu'un.e auteur.ice parvienne à accrocher le.la lecteur.ice aussi rapidement et facilement, en quelques mots, lorsque pour certain.es cela demande xxx pages, quand d'autres encore n'y parviennent pas du tout.
Bref, là, le personnage principal (prémices d'une histoire à lui tout seul), le ton... En quelques lignes, j'ai su que ça allait rouler tout seul. On dit souvent que le 1er sentiment est le bon, ce fut le cas. Je fus donc d'emblée réceptive, toute ouïe.

Et quand est arrivée, cette première nuit dans la maison "chez tante Colline", ahlala, j'ai senti monter l'angoisse. Faut savoir que moi, seule, la nuit, dans une maison isolée de tout (déjà maison même pas isolée de tout, même pas de nuit, c'est pas ça de base), c'est l'angoisse totale. J'ai le cerveau qui turbine à fond, j'entends des bruits et craquements de tous les côtés. En un mot, j'ai les traquettes.
Alors, vous comprenez bien que ce qui arrive à Claude, au cours de cette première nuit, c'était comme si je le vivais de manière concomitante hein. Identification totale, je pense que je devais avoir la même couleur que Claude en lisant ce passage (entre le blanc gris, avec un passage par le vert de peur). Heureusement que j'étais dans un petit appartement, bien au chaud sous ma couette sinon je pense que j'aurais sauté dans ma voiture en hurlant de terreur comme Claude.
Et le coup du rétroviseur hein! Non mais ça se fait pas ça Madame Dufour (confidences : pendant des années, quand je montais dans ma voiture alors qu'il faisait déjà ou encore nuit, je n'osais pas regarder dans mon rétro intérieur... ahem).

Tout ça pour dire que l'autrice sait parfaitement jouer des ressorts de la peur, vous la faire ressentir au plus profond de vous-même. Surtout quand les ressorts utilisés surfent sur la corde sensible de vos propres terreurs (que vous avez la candeur de croire éteintes jusqu'à ce que quelqu'un vienne les réveiller). Donc, moi, j'étais là, scotchée aux pages, à fond. Les frayeurs de Claude étaient miennes tant qu'elles ont durées.
Bien, dans Au bal des absents, on flirte donc amplement avec le surnaturel, le fantastique, l'horrifique (les revenants, les trucs évanescents, tout ça, tout ça).

Heureusement, Catherine Dufour sait aussi user du second degré et autres ressorts comiques.
Le personnage de Claude en est un à elle seule.
(Petite aparté entre nous, franchement, pour se sortir de la misère, vous pensez pas qu'elle aurait dû s'orienter vers le stand-up Claude? Genre un spectacle sur Pôle emploi et Colombe, là comme ça au hasard hein.
C'est marrant, par moment, dans le ton, elle m'a fait penser à Garage de l'offre sur twitter)

Bref, plaisanterie à part, Claude c'est LE personnage que moi, en tant que lectrice, j'adore rencontrer dans les livres. De prime abord elle paye pas de mine, elle a une vie merdique, elle jure comme un charretier, un peu malhonnête par la force des choses, un brin ridicule, mais quelle force, quelle énergie en même temps.
Empathie, totale.
Donc je disais, la dimension comique de Au bal des absents est là.
Au personnage, s'ajoute le comique de situation. C'est un florilège d'évènements assez désopilants, tragico-comiques aussi, mais foutrement drôles (rien que d'y penser, j'ai le sourire et les yeux qui se plissent avec).
Cette histoire, c'est de l'amusement en barre. Et tant mieux parce que le rire ça désamorce la peur. Bien vu Madame Dufour (le coup du rétro est pardonné tiens).

A côté de ça, n'allez surtout pas croire que Claude, n'a rien d'autre à faire entendre que le vent qu'elle soulève dans ses fuites, ses jurons et ses dents qui claquent de peur ou de froid.
Non, Claude elle en a des choses à dire.
Sur sa situation d'abord, le quasi désert relationnel, mais surtout sa déchéance professionnelle.
Sur le système de l'emploi et du non-emploi (ah les RH, ah les employeurs, ah le pôle emploi et ses conseillers!!! Ah le tout-numérique aussi tiens! Déshumanisant, voleur d'emploi. Claude en sait bien quelque chose).
Sur ce système qui amène à la précarité, qui enfonce plus qu'il ne guide, soutient et relève. L'engrenage.
Et puis, elle dit la précarité, ce que ça provoque, ce à quoi on doit renoncer, les fameux non-choix qu'il reste, ce que l'on concède, ce à quoi l'on est prêt pour un petit plus, un petit mieux, un peu moins de moins...
Et ça pique, et ça percute, et c'est juste.
Au bal des absents est donc aussi une critique non voilée de notre société, de plus en plus précarisante, de moins en moins à la hauteur.
Et ce combat de Claude c'est une sorte de métaphore. Un combat que je perçois comme étant non seulement contre ses doutes, mais surtout contre les forces de l'invisible qui voudraient l'aspirer et la faire disparaître au reste du monde. C'est un ultime combat pour appartenir à la société, ne pas en être mise au banc (comme le sont les chômeurs séniors de longue durée, les SDF, les femmes battues aussi... des invisibles, abandonnés par le système).

Je ne peux conclure mon avis sur ce roman, sans évoquer son côté polar bien assumé (qui me paraît d'ailleurs bien plus mis en avant, côté édition et librairie, que son côté fantastique, why?).
Car mission il y a, que seule l'énergie du désespoir te fera remplir jusqu'au bout.
Car risques il y a, que comme seuls les vrais enquêteur.ices tu sauras prendre, à défaut de les éviter.
Car enquête il y a, que tel les Warren, tu mèneras (en lieu et place de la foi, sel et sauge seront tes armes).
Car énigme il y a, que telle une digne descendante de Miss Marple, tu résoudras.

Et tout cela, le rythme, les références, le suspens et la résolution finale (joli message, joli pied-de-nez au sort), a contribué à rendre Au bal des absents encore plus prenant, vivant, plaisant.

Si je devais définir Au bal des absents, je dirais que c'est un polar fantasti-comique.
Le ton peut paraître totalement désopilant (même si grinçant), mais sous-jacent, le message est fort et clair, engagé même. Ce mélange est agréable. Il me plaît et j'y reviendrai.

Voilà, ne comptez pas sur moi pour vous désigner un quelconque défaut, je ne lui en est guère trouvé. Tout fut bon, prodigieusement agréable, entraînant, amusant. En bonus, en plus c'est bourré de références littéraires, cinématographiques.
Bref, un tel régal que lorsque je suis retournée dans la fameuse petite librairie, j'ai fait une razzia des titres Dufour qui s'y trouvaient.

Catherine Dufour est, des avis que j'ai lus de ci de là, encensée auprès de mes copinautes. Je comprends maintenant pourquoi.

"Le vrai ennemi, c’est… au fait, c’est la maison. Comme un tout. Un gros estomac. Et le vrai problème… » Elle avait peur d’entendre un rire d’enfant venant du font de la ratire, oui – un petit friselis de rire gai et cruel. Rien que d’y penser, rien que de se figurer, elle, debout dans la cuisine bleue, pétrifiée, avec ce filet de rire venant s’enrouler autour de sa gorge, elle sentait le souffle lui manquer. « Mais ce qui tue, dans un cuisine, ce n’est pas d’entendre rire ; c’est de se prendre un frigo sur la gueule. » Elle reposa ses notes sur la table. « Oui, le vrai problème, ce n’est pas le fantôme dont l’apparition vous plonge dans une terreur indicible qui fait vaciller votre raison. Le problème, c’est le fantôme armé d’un tranchoir."

"Tous ces gens-là qui la condamnaient à la mort sociale, la mort civile , la mort de faim, la mort de froid, la mort dehors, la mort de désespoir, l'avaient définitivement amarinée à la houle incessante, insondable de la cruauté humaine."

""Ça donne absolument rien de se morfondre car ce n'est pas productif."
Claude reconnu le phrasé du Positive Thinking, une façon d'admirer les tâches sur tes chaussures après avoir marché dans la merde qui  la dépassait complètement."

Commentaires

Et une convertie de plus, une !
Joli billet passionné. Ça donne grandement envie, mais il y a cet aspect "horrifique" qui ne me parle pas du tout. Autant je peux passer outre un peu de désespoir (pour d'autres livres de l'autrice), autant ça je ne sais pas... =(

Écrit par : Baroona | 28/10/2020

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J'ai même bien entamé mon 2ème dans le train. ^^
Tu sais l'aspect horrifique, il a bien joué au début surtout parce que je suis réceptive à ce sur quoi il joue. D'autres m'ont dit que ça les avait plus fait rire qu'autre chose en fait.
Et craint que c'est pas mal désopilant.
Le côté enquête prend pas mal le dessus ensuite. Reste l'aspect fantastique indeniable. Et comme je le disais l'humour désamorce beaucoup de choses. Rien que pour aller à la rencontre du personnage de Claude, ça vaut le coup

Écrit par : ite | 29/10/2020

Cette lecture est un régal.

Écrit par : Alex-Mot-à-Mots | 30/10/2020

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Oui. Jouissive.

Écrit par : ite | 30/10/2020

Je suis trop contente que tu aies adoré cette lecture !! Beau billet qui lui rend bien honneur.

Et pour Baroona : oui franchement le côté horrifique ça va je trouve. Perso ça m'a pas vraiment fait peur mais c'est vrai que je suis pas très flipette avec les livres , plus avec les films.

Écrit par : Tigger Lilly | 30/10/2020

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Je vous vois avec votre complot pour me le faire lire là hein ! Mais je vois aussi qu'une majorité des billets prend bien soin de souligner ce côté horrifique. Et ça ne peut pas du coup être juste un détail.

(Mais je le garde quand même dans un coin de mon esprit, z'avez gagné.)

Écrit par : Baroona | 30/10/2020

@Tigger lilly : merci madame l'influenceuse es Dufour. Le risque n'était pas grand, cependant je suis pleinement satisfaite de l'avoir pris.

@Baroona : le côté horrifique c'est dû aux ressorts fantastiques. Et comme je te le disais plus haut, c'est vraiment une question de réceptivité et de jouer sur ce qui t'effraie à titre personnel. Allez j'ose un pari, tu le liras un jour :p

Écrit par : Ite | 01/11/2020

Ravie que tu aies aimé! J'adore l'idée que tu l'aies acheté au fin fond des Pyrénées, en plus! :)

Écrit par : Alys | 31/10/2020

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Il me paraît à postériori qu'il ne pouvait en être autrement.
J'aime bien flâner dans les librairies en dehors de ma région et notamment pendant les vacances. C'est comme de faire les marchés, quelque chose que je pratique plus aisément en congés.

Écrit par : Ite | 01/11/2020

Très jolie chronique :)

Écrit par : Zina | 01/11/2020

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Merci Zina :)

Écrit par : Ite | 01/11/2020

Une nouvelle fan de Dufour ! Son style me plaît aussi en général, il n'est pas impossible que celui-ci passe par moi un jour ou l'autre ^^

Écrit par : shaya | 02/11/2020

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Oh je ne suis pas du genre "fan" mais très enthousiaste oui et mon 2ème titre lu a aussi été une bonne lecture. Comme on dit "jamais 2 sans 3", j'espère bien que la 3ème lecture m'emportera tout autant que les premières ^^

Franchement, celui-ci est vraiment très très très sympa, tu peux y aller quasi les yeux fermés (enfin pour lire c'est moins pratique :p )

Écrit par : ite | 07/11/2020

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