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23/11/2014

Au revoir là-haut - Pierre Lemaître

au revoir là haut,pierre lemaître,après grande guerre,un bon gars et une gueule cassée,monuments aux morts,profiteurs de guerre,et les survivants alors?,il ne faut jamais dire goncourt je ne boirai jamais de ton eauÉdouard aux mains d'argent

A quelques jours de l'Armistice, le lieutenant Aulnay-Pradelle provoque une dernière offensive contre les Allemands dans un souci de retour glorieux, dans une envie de médaille, pour lui seul. Le soldat Albert Maillard n'aurait pas dû revenir de la côte 113, ni lui, ni le soldat Édouard Péricourt qui lui a porté secours en y laissant sa belle gueule. Ils ont survécu pourtant mais, pour eux, pas de hourras, pas de gloire. La France a en tête de consacrer ses morts et en attendant elle oublie ses rescapés.
Et quand certains s'enrichissent sur le dos des Morts pour la France, Albert, en éternel sacrifié, porte sa gueule cassée d'ami comme une croix et se bat contre un quotidien fait de misère. Alors quand Édouard, l'artiste, a cette folle idée, Albert le redevable, l'hésitant n'a pas d'autre choix que de le suivre.


J'ai retrouvé dans Au revoir là-haut, l'écriture incisive de Lemaître, ce talent d'auteur qui m'a époustouflée dans Robe de marié. Moi, qui avais peur de m'ennuyer dans ce Goncourt (le mot lui-même me fait fuir) loin du genre habituel de Lemaître, j'ai été plus qu'agréablement surprise et en même temps pas si étonnée que ça de plonger dans ce roman avec délectation.

Lemaître a construit cette fiction d'après-guerre (cachant en son sein des faits historiques avérés) à la manière d'une intrigue de polar. On y retrouve ce rythme fou, cette maîtrise des rebondissements, ces scènes parfaitement orchestrées, cette ironie de situation, ce talent qui vous rive aux pages.

Le duo Albert Maillard, Édouard Péricourt est splendide, émouvant. Ce rapport d'hommes soudés l'un à l'autre par le destin, par la force des choses est à la fois beau et sordide, drôle et grave, fait de gratitude et de rancœur, de confrontations d'idées, de valeurs, de rang aussi. Une amitié indéfectible, hors norme, qui pèse aussi et qui surtout sonde l'âme humaine au plus profond.
Les évènements eux sont là pour mener l'un au-delà des limites (bien que déjà franchies à répétition) de ce qu'il se croyait capable d'être et faire et réveille en l'autre cette gouaillerie et cette provocation qui était déjà sienne et qui le ramène à la vie avec cette force jubilatoire qui rend tout possible.

Sur eux, plane toujours l'ombre de la guerre et du lieutenant Henri Aulnay-Pradelle, lui par qui tout est arrivé. Ce visage-là de l'histoire occupe la place du salaud de service. Détestable à souhait, qui souvent fait peur parce que fait planer la menace. Un personnage qui met en tension le lecteur dès qu'il entre en scène. Un personnage arriviste, un profiteur de guerre que l'on rêve de voir tomber avec sa clique d'obséquieux.

Et à côté, il y a un père, une sœur, un fonctionnaire, des femmes qui vous marquent par leur souffrance ou leur force d'âme ou de caractère, par leur regard sur..., qui laissent une empreinte forte, apportent parfois un éclat de lumière dans cette noirceur.

Il y a aussi cette société d'après guerre qui fait mal au ventre, qui laisse place à l'exclusion et aux imposteurs, qui renie ses vrais héros. Elle n'est pas belle la France ainsi peinte, ainsi montrée du doigt. A l'heure du Centième anniversaire de cette guerre, Lemaître a peut-être voulu jeter un pavé dans la "marre" des commémorations qui se regardent le nombril en oubliant certains faits et le drame des laissés pour compte. C'est peut-être ce qui fait aussi de ce roman une sorte de satire politique, noire et cynique. En tout cas, il est d'envergure et justement récompensé.

"C'est un truc saisonnier, le devoir. Par exemple, depuis l'armistice, c'était une denrée plus fréquente"

"Le pays tout entier était saisi d'une fureur commémorative en faveur des morts, proportionnelle à sa répulsion vis-à-vis des survivants."

"Le cœur affolé dans la poitrine, le voici dans le hall haut comme une cathédrale, des miroirs partout, tout est beau même la bonne, une brune aux cheveux courts, rayonnante, mon Dieu, ces lèvres, ces yeux, tout est beau chez les riches, se dit Albert, même les pauvres."

Commentaires

C'est un livre que j'aimerais beaucoup découvrir, j'ai bien aimé ces thrillers mais je pense que son roman me plaira encore plus :)

Écrit par : Léa Touch Book | 23/11/2014

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Un roman different des autres titres de l'auteur mais que j'ai tout autant apprécié, voire plus ! Je ne peux que conseiller !

Écrit par : La chèvre grise | 23/11/2014

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purée j'adore ce que tu en dis !!!! le rythme, les perso qui marquent et le contexte évidemment.

Écrit par : stephanie plaisir de lire | 24/11/2014

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@Léa : il est différent dans le genre, dans le contexte mais je suis sûre que tu retrouveras avec plaisir le style de Lemaître.

@La chèvre grise : ah pour moi il ne détrône tout de même pas Robe de marié :) Celui-là m'a scotchée par son machiavélisme!

@Stéph. : merci ma belle :) Quand tu l'auras entre les mains j'espère que tu apprécieras autant que moi ce roman.

Écrit par : c'era una volta | 24/11/2014

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Un vrai bijou ce livre ! :)
Ah la la, toujours autant de succès ce Pierre Lemaitre !

Écrit par : Lizouzou | 26/11/2014

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Les Prix Goncourt ne m'attirent pas plus que ça d'habitude, mais pour celui-ci je ferai une exception, c'est certain ;-) Merci !

Écrit par : Lupa | 26/11/2014

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@Lizouzou : C'est une surprise et un plaisir de le retrouver dans un genre différent :)

@Lupa : Comme je le disais dans mon article, je suis comme toi Lupa, plutôt du style à fuir les Grands prix littéraires. Mais pour le coup, je ne regrette pas et je me dis que je devrais avoir moins d'à priori maintenant ^^ (n'empêche je te recommanderais plutôt Robe de marié pour découvrir Lemaître, question de préférence de genre :p ).

Écrit par : c'era una volta | 27/11/2014

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Une récompense juste, je suis d'accord avec toi.

Écrit par : Alex-Mot-à-Mots | 29/11/2014

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Ton article donne vraiment envie. Moi qui ai d'habitude assez peu de goût pour les livres primés, je pense que je me laisserai tenter par celui-là... =)

Écrit par : DoloresH | 12/12/2014

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Hou, Hou, les saisons du devoir c'est joli comme expression, mais cela sous entend qu'à un rythme plus ou moins rapide nous allons la retrouver cette foutue saison.. .Des Albert et Edouard soudés par le destin, combien il y en a eu pendant ces années sombres où la guerre s'est industrialisée, la première fois dans l'histoire de l'humanité où le but ultime était la destruction complète de l'adversaire et non plus la simple soumission ! Et cette après-guerre qu'ils ont dû négocier avec l'absence, les profiteurs et la société qui s'était transformée sans eux. Il faut lire pour se souvenir."Plus jamais cela", disaient les pancartes que les mères brandissaient. 100 ans plus tard sommes nous encore capables d'éviter les tressaillements de l'histoire ? Merci pour ta très intéressante chronique, je lirai assurément ce livre grâce à toi. Grybouillement votre, @bientôt sur "Léa Touch Book".

Écrit par : Grybouille | 13/12/2014

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@Alex : Il faut bien que de temps à autre les jurys ne tombent pas à côté :p

@DoH : Merci miss. Tu n'aurais pas tort de te laisser tenter par ce titre. C'est du très bon Lemaître :)

@Grybouille : bienvenue par chez moi :)
N'y sommes nous pas déjà un peu dans cette foutue saison? En 5ème, ma prof d'histoire m'avait marquée par cette phrase : "les Hommes ne retiennent jamais les leçons de l'Histoire et c'est pour cela que les guerres et autres conflits se répètent". J'en suis plus que convaincue aujourd'hui.
Les guerres présentes visent l'extinction de l'adversaire, tu as raison.
Mais au-delà de ce regard pessimiste (réaliste?), j'ose encore croire qu'un peu partout des personnes, des leaders aussi, sauront empêcher le pire de se perpétrer à répétition.
Merci de ton commentaire aussi intéressant que tes avis. A bientôt assurément sur LTB :)

Écrit par : c'era una volta | 14/12/2014

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