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28/03/2015

Sous influences - Radclyffe Hall

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La famille Ogden après un séjour aux Indes végète désormais à Seabourne, petite bourgade côtière d'Angleterre. Les sœurs Ogden, Joan et Milly, voient leur éducation confiée à Elizabeth Rodney, jeune femme tout droit arrivée de Cambridge. Alors que Milly présente un talent indéniable pour le violon et peu d'intérêt pour les études, Elizabeth décèle rapidement chez Joan de grandes capacités intellectuelles. Comprenant que cette enfant est sous le joug psychologique d'une mère ultra-possessive, elle se fait fort de veiller sur Joan et de la pousser à étudier afin qu'elle quitte le cocon familial pour l'université de Londres.
Avec le temps, une amitié passionnée née entre la gouvernante et la jeune fille, elles se prennent alors à rêver de partager un appartement à Londres, mais Mrs Ogden voit d'un œil jaloux cette relation qui l'éloigne de Joan, elle use alors de toutes les pressions possibles pour garder sa fille aînée à ses côtés.


Sous influences... Un pluriel qui n'est pas anodin. Il n'est pas question ici d'une unique influence mais de plusieurs qui ne manquent d'ailleurs pas de s'opposer. Jusque-là rien que de très commun, c'est le schéma habituel : influence parentale VS influences relationnelles.
Sauf que ce roman parle d'une influence maternelle excessive, nocive même. Une domination psychologique forcément en opposition à ce que d'autres suggèrent et qui se veulent dans le respect bienveillant du devenir de la personne.

Je ne suis pas mère et je ne connais pas ce sentiment-là, celui qui fait que le parent ressent un besoin inconscient et irrépressible de garder son enfant ad vitam æternam à ses côtés (ou le plus proche possible), mais je connais le sentiment de l'enfant qui subit le chantage psychologique maternel et qui se trouve partager entre ses désirs et ceux de la mère. On y succombe d'autant plus facilement que surviennent des drames familiaux qui isolent et affaiblissent la mère. C'est peut-être pourquoi ce roman m'a autant fait pester et réagir.

Quel enfant (je dis enfant dans le sens fille ou fils de... et bien qu'il faille comprendre que celui dont je parle est maintenant adulte) n'a jamais entendu ces petites phrases culpabilisantes qui vous restent longtemps en tête et finissent invariablement par vous avoir?
L'enfant en grandissant (quand ça ne commence pas tout jeune) finit par se trouver investit d'obligations envers son ou ses parents qui, s'il ne les remplit pas, risquent de causer son/leur peine voire pire lui laisse-t-on entendre. Aucun enfant ne veut ça. Dans le pire des cas de chantage psychologique, pour ne pas se sentir coupable d'abandon ou autres négligences, l'enfant met entre parenthèses ses rêves en se persuadant souvent que ce n'est que pour quelques temps ("le temps que ça aille mieux" entend-on, "parce que là ce n'est pas le bon moment") et reste. Le piège s'est refermé et il faut une prise de conscience et une sacrée volonté pour en sortir...

Joan est confrontée à ce type de mère poison, possessive, égoïste qui sait reconnaître l'amour absolu de son enfant et sait en user et abuser, de manière assez trouble d'ailleurs. Elle la rend inquiète quant à sa santé, en fait un "enfant médicament", faisant peser sur elle la responsabilité de n'être heureuse et soulagée de ses maux que par sa simple présence. Mère manipulatrice, actrice elle saura se mettre en scène à des moments cruciaux pour faire flancher la volonté de sa fille et ses envies d'émancipation quand elles surviendront. Influence nocive au possible qui tend à briser les ailes pour empêcher l'envol hors du nid...

Mais le récit ne serait rien sans le jeu des oppositions d'influences. Une entre toute met en balance le cœur de Joan, celle d'Elizabeth Rodney. Gouvernante bienveillante d'abord, elle n'aura de cesse d'éveiller toujours plus la jeune fille à la connaissance, de façonner son esprit de sorte à lui donner le pouvoir de se libérer du joug de la mère et des conventions sociales par ailleurs. L'amie exclusive qu'elle deviendra pour Joan, travaillera sans relâche à ses côtés et cherchera à lui montrer que son intelligence doit la sortir de sa condition de fille-objet pour devenir une femme d'exception, libre. Mais dans cette relation, il y a aussi un jeu subtil d'influences où l'on finit par se demander qui a l'ascendant sur qui. Est-ce la plus âgée, expérimentée qui cherche à faire de son élève/amie une prolongation d'elle-même et plus encore? Est-ce l'élève/amie qui finit par tenir, retenir auprès d'elle un peu contre son gré et grâce à un jeu d'espérances sans cesses reconduites sa gouvernante devenue bien plus pour elle?

Il est un autre encore, ami amoureux, qui ayant décelé la particulière intelligence de la demoiselle l'exhortera à suivre la voie de l'excellence, à ne pas se saborder elle-même en s'enfermant dans ce trou qu'est Seabourne, comme d'ailleurs l'a fait Elizabeth Rodney après avoir laissé derrière elle Cambridge.

Ces dernières influences qui tendent à libérer Joan du joug maternel, si elles font valoir le bon choix du devenir de Joan et son épanouissement personnel, restent malgré tout motivées par le désir égocentrique de s'attacher sa présence et son amour... De quoi s'interroger là encore.

Et si le récit est tout en tension c'est parce que jusqu'au bout on espère voir se réaliser certaines choses, parce que jusqu'au bout le lecteur est le jouet des variations de la volonté de Joan. Elle souffle le chaud et le froid en permanence. Tout ce qu'il y a de plus frustrant... On peut s'interroger longtemps après avoir fermé ce livre sur ce personnage, sur toute cette histoire, sur ce qui est, était, fut possible et continuer longtemps aussi de soupirer.

"- Maman, je t'en supplie ! Tu sais bien que je t'aime, que je t'ai toujours aimée depuis le moment où j'étais toute petite, mais maintenant, je veux avoir ma vie propre, je veux travailler, je veux...
- Tu veux Elizabeth, dit doucement Mrs. Ogden, tu veux vivre avec Elizabeth.
Joan se tut. C'était vrai, elle voulait vivre avec Elizabeth ; elle voulait sa compagnie, sa compréhension, son aide dans le travail et le plaisir ; elle voulait tout ce qu'Elizabeth représentait de liberté et d'effort. C'est seulement avec Elizabeth qu'elle espérait réussir et rompre une fois pour toutes les chaînes qui la liaient à sa vie ancienne."

Commentaires

Moi non plus je ne suis pas mère, mais l'influence maternelle en tant que fille ça me connaît ^^ C'est pourquoi ta chronique a réveillé pas mal de choses en moi, avec tes mots et ta sensibilité toujours si justes ! Je retiens donc ce titre, et cède avec joie à ton influence le concernant :)

Écrit par : Lupa | 29/03/2015

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@Lupa : Est-ce que toutes les mères font ça? Ou est-ce juste que toutes les filles (fils) ont ce sentiment que leur mère/père (oui parce que je n'ai pas parlé du père mais il ne se prive pas non plus de chantage psychologique envers sa fille cadette notamment) exercent sur eux cette forme de pression psychologique? Ce roman m'interroge encore et encore...
Si ça t'intéresse tu peux aussi aller lire l'avis de Soundandfury sur Talememore.
Merci en tout cas du compliment et de te trouver un intérêt à mon avis.

Écrit par : c'era una volta | 30/03/2015

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Il t'a plu, finalement ?

Écrit par : Alex mot a mots | 31/03/2015

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Alex, je pensais que la réponse était évidente à la lecture de cette chronique mais peut-être pas ^^ En général, ça se sent quand je n'ai pas aimé :)
Et peut-être que répondre juste oui ou non serait réducteur et que je n'ai pas envie d'une réponse figée de ce type...

Écrit par : c'era una volta | 31/03/2015

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Super chronique qui me fait vraiment envie, ça m'a l'air très "psychologique" comme roman, et généralement ça me plait. Je ne connaissais pas du tout ce livre, ni l'auteur d'ailleurs, alors hop dans ma wish-list. ^^

Écrit par : cledesol | 01/04/2015

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Clédesol : ça fait plaisir ton message! Marrant je ne pensais pas que ce titre t'aurait parlé (pourquoi je me suis dit ça? ^^ ). C'est un roman avec peu d'actions donc oui on peut dire que le psychologique (ce qui se passe dans la tête de...) est très présent.
Ce fut aussi une découverte pour moi. J'espère que si tu lis cette histoire elle saura t'interpeller :)

Écrit par : c'era una volta | 01/04/2015

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J'aime beaucoup cette maison d'édition et tu me fais découvrir un livre qui m'intrigue beaucoup :) merci ! Il a l'air au-delà d'aimer ou non, il faut que je me fasse ma propre opinion ! ^^

Écrit par : Léa Touch Book | 05/04/2015

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@Léa : Je ne connaissais ni la maison d'édition, ni l'auteure avant de plonger dans ce roman.
C'est un titre qui mérite qu'on s'y intéresse effectivement et je ne peux que le recommander.

Écrit par : c'era una volta | 05/04/2015

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Pour apprécier tout le talent de cette auteure il faut lire son roman " le Puits de solitude "

Écrit par : Marquis de sade | 07/05/2015

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Un conseil de lecture de D.A.F Sade, je ne sais pas ce que ça vaut!
trêve de plaisanterie, oui, le Puits de Solitude très beau roman, écriture superbe. Différent de celui-ci.

Écrit par : soundandfury | 07/05/2015

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@MdS : il faut, il faut. Je suis overbookée, mais son tour viendra bien un jour puisqu'on m'en a dit du bien de cet autre titre de l'auteure... (MdS... lol démasqué)

@Sound : ouaip, je devrais me méfier tu penses?
Pourtant son avis rejoint ici le tien ^^ Il est noté, pour l'instant je ne peux faire plus!

Écrit par : c'era una volta | 07/05/2015

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