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14/03/2016

De chair et d'os - Dolores Redondo

De chair et d'os,dolores redondo,trilogie du baztan,amaia salazar,psychiatrie,traumatisme enfance,prédatrice,os,Tartallo,pays basque et mythologieLe jeu des osselets

La vallée du Baztàn est à nouveau le théâtre de crimes sordides (violences conjugales suivies de démembrements). L'inspectrice Salazar est saisie de l'affaire. A Elizondo, des profanations ont lieu dans une église. Un éminent émissaire de l'Opus Dei interfére auprès des instances policières pour que la célèbre Amaia Salazar soit sur le coup.
Cette dernière revenant tout juste de son congé maternité a un peu de mal à concilier sans culpabilité son rôle de mère et sa fonction d'inspectrice. D'autant plus que le passé semble encore une fois ici la rattraper et faire plus que l'impliquer personnellement.


Après Le Gardien invisible, 1er tome de cette Trilogie du Baztan, Dolores Redondo signe une suite, De chair et d'os, qui emporte le lecteur au cœur du Pays Basque et de ses légendes.
Dans le premier, nous faisions connaissance avec le Basajaun, ici c'est avec le Tartallo, un cyclope monstrueux qui dévore ses victimes, que l'enquête fait le lien.

Ce que j'ai encore une fois aimé, c'est ce mélange entre la mythologie basque et le côté pragmatique de l'enquête, saupoudré de beaucoup d'éléments rattachés au passé bien flippant de l'inspectrice Amaia Salazar. Et je crois que plus que tout, c'est la complexité et la terreur émanant de ce passé qui m'accrochent dans ce thriller.
L'angoisse, ce sentiment de peur terrible (d'Amaia par rapport au personnage maternel) est quelque chose que l'auteure a parfaitement réussi à me faire ressentir. Elle décrit ce sentiment à merveille.

"Aucune peur n'est comparable à celle qu'on a déjà éprouvée, dont on connaît le goût, l'odeur et le contact. C'est un vieux vampire moisi qui dort enfoui sous l'ordre du quotidien et qu'on tient éloigné, feignant un calme aussi faux que les sourires synchronisés. Aucune peur n'est comparable à celle qu'on a éprouvée un jour et qui est demeurée immobile, respirant avec un halètement humide dans un coin de notre cerveau. Aucune peur comme celle que produit la seule possibilité que la peur revienne. Quand on rêve, on distingue la lumière rouge qui reste allumée, nous rappelant qu'elle n'est pas vaincue, qu'elle dort seulement, et si on a de la chance elle ne reviendra pas. Car on sait que si elle revient, on ne lui résistera pas ; elle aura notre peau, et notre raison."

Je reconnais que si cela fonctionne sur moi c'est que ça éveille quelque chose que je connais bien. Du coup, certains passages ont amené une vraie tension. Je parle de celle qui vous fait retenir votre souffle.
Dolores Redondo jongle très bien avec les éléments du passé de notre inspectrice, en faisant une pièce maîtresse de ses intrigues. Le pan psychologique est donc très appuyé et parfaitement exploité (ce qui n'est pas pour me déplaire).

Amaia Salazar reste dans ce tome une femme affirmée et charismatique même si elle est souvent en proie au doute. Elle se perd notamment pas mal dans des considérations maternelles et autres remises en question (un tantinet répétitives et agaçantes) autour de l'allaitement. Pas toujours juste envers James (son mari), elle montre aussi son sale caractère ^^
Mais si dans sa vie privée, elle perd un peu pied, professionnellement, Amaia est la femme forte dans la place. Il n'est pas né celui de ses collègues (ou le meurtrier) qui saura la déstabiliser et mettre à mal ses compétences.

Juste un très léger bémol sur l'intrigue policière. Elle traîne un peu en longueur, d'où un intérêt fluctuant entre vive curiosité et léger ennui. Trop de pistes perd la piste. Pour autant, je reconnais que l'élément de l’instigateur était bien mené et ce n'est quasiment qu'à la toute fin, que je l'ai identifié.
C'est dans les nombreuses pistes à suivre que les éléments mythologiques basques se sont manifestés. Cela était d'un point de vue culturel, tout à fait intéressant et instructif.

Je reste très curieuse de la suite qui à mon avis devrait encore plus mettre l'accent sur Amaia et "sa prédatrice" (on en apprend d'ailleurs déjà beaucoup dans ce tome). J'espère aussi en savoir un peu plus sur le personnage d'Aloisius Dupree car il m'intrigue vraiment pas mal.
Et c'est avec plaisir que je retrouverai aussi les autres personnages de cette trilogie et cet environnement Basque superbe dans ses descriptions.

"Dans une enquête criminelle, la discordance donne la clé et le commencement donne l'origine, et toute origine recèle le fond de sa fin."

"Quand on décide qu'on aime tellement quelqu'un qu'on renonce à tous les autres, on ne devient ni aveugle, ni invisible, on continue de voir et d'être vu. On n'a aucun mérite à être fidèle quand on n'est pas tenté par ce qu'on voit, ou quand personne ne nous regarde. La véritable épreuve se présente quand apparaît quelqu'un dont on tomberait amoureux si on n'était pas en couple, quelqu'un qui est à la hauteur, qui nous plaît et nous attire. Quelqu'un qui serait la personne idéale. C'est ça la fidélité, inspectrice."

"Le manque d'amour est la seule façon pour une mère de nuire à ses enfants. Elle peut s'occuper d'eux parfaitement, les nourrir, les habiller, leur donner une éducation, s'ils ne reçoivent pas d'amour, l'amour bon et généreux d'une mère, ils grandiront diminués d'un point de vue émotionnel, et avec une conception de l'amour faussée qui les empêchera d'être heureux."

"Ce n'est pas toujours l'été, et ce n'est pas pour ça que l'automne est mauvais."

Merci aux Éditions Folio de m'avoir permis de poursuivre avec plaisir  cette trilogie du Baztan.

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Commentaires

Cela me tente bien !! :)

Écrit par : Léa Touch Book | 14/03/2016

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D'accord sur la longueur mais j'ai tout de même bien aimé !

Écrit par : Lizouzou | 14/03/2016

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Le troisième sort en ce moment... mais j'attends toujours la version poche. Bientôt en mode lecture pour le tome 2. Ton billet me plait beaucoup. Merci

Écrit par : stellade | 15/03/2016

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"violences conjugales suivies de démembrements" waouhhhh ça promet! Et ton billet donne envie, hop wish list!

Écrit par : Mariejuliet | 16/03/2016

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C'est vrai qu'à la façon dont elle parle de la peur, ça remue des choses pour moi aussi ! Comme si elle avait exactement su trouver les mots pour exprimer ce sentiment aux multiples facettes ^^
Je suis fortement intriguée, ce qui me pousse à noter cette trilogie pour en savoir plus à l'occasion... Et je ne manquerai pas ton avis concernant le troisième et ultime, histoire de faire tomber mes dernières hésitations, où l'art de laisser à ma monstrueuses PAL le temps de maigrir un chouia avant ;-) Bises !

Écrit par : Lupa | 24/03/2016

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Ma chère C'era, J'ai lu ta chronique en diagonale ... Le premier tome est dans ma pal, je vais le commencer bientôt ! Toi et Stellade m'avait convaincue ! et je viendrais t'en reparler à l'occasion ! bises

Écrit par : Licorne | 06/04/2016

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@Léa : c'est une série qui vaut le coup d'oeil, ne serait-ce que pour l'ambiance et la découverte de ce lieu.

@Lizouzou : Mais moi aussi hein (j'espère bien que je ne donne pas l'impression l'inverse)

@Stellade : oui et j'en connais une qui y a succombé au Festival Quais du polar ^^ Et en bonus, le plaisir de voir Dolores Redondo et d'échanger quelques mots avec elle grâce à sa traductrice! Tu aurais aimé Stellade :)
Si tu veux enchaîner avec le tome 3, je pourrais te le prêter.

@Mariejuliet : ne va pas croire que ça abonde d'hémoglobine hein. Le lecteur n'assiste pas à ces scènes, il n'entend parler que du résultat ^^ Commence par le 1er, Le gardien invisible (ça permet quand même de mieux connaître l'inspectrice Amaia Salazar et de ne pas être larguée dans celui-ci sur ce qui a trait à son histoire personnelle...

@Lupa : je crois que c'est LE passage qui m'a le plus marqué et celui dont j'ai voulu tout de suite parler avec l'auteure. Il correspond et explique tellement bien cette peur que je connais, qui est là tapie dans l'ombre et n'attend qu'une occasion pour se manifester... Fascinant et effrayant...
J'espère que ce titre et son précédent (et le suivant ensuite) te plairont. Tu choisiras le moment adéquat :)

@Licorne : aucun problème et hâte d'avoir ton retour alors. Bise en retour :)

Écrit par : c'era una volta | 11/04/2016

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Interessant, je ne connaissais pas du tout :)

Écrit par : ladocattitude | 17/05/2016

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@ladocattitude : elle vaut la peine qu'on s'y intéresse :) Bienvenue!

Écrit par : c'era una volta | 25/05/2016

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