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03/06/2016

Dust - Sonja Delzongle

Afficher l'image d'originePulvis et umbra sumus

Celui que l'on surnomme Mchingjaji, l'égorgeur mène en bateau la police criminelle kenyane depuis 2 ans. Dans l'impasse, Ti Collins, responsable du Criminal Investigation Department de Nairobi, fait à nouveau appel à son amie Hanah Baxter, profileuse de renom, pour l'aider à résoudre le mystère des croix de sang.
Mais l'horreur sera pire encore que ce à quoi Hanah pouvait s'attendre, révélant un drame à plus grande échelle.


Le cadre de l'Afrique n'est pas étranger à l'intérêt et au plaisir de cette lecture. Terre de rites, de sorcelleries, terre sauvage marquée par de nombreux génocides, l'histoire de ce polar noir ne pouvait qu'en porter les stigmates et en être sur ce plan particulièrement intéressante et intrigante.

Les personnages ne sont pas si mal campés, même si notre profileuse ne déroge pas à la règle du petit travers (cocaïne mon amour!) et du passé filial fort compliqué et traumatisant. A côté de ça, elle en pince pour les femmes et elle a des dons particuliers qui lui sont d'une aide précieuse dans ses enquêtes.
On retrouve aussi dans l'équipe du C.I.D., le méchant flic misogyne et franchement détestable jusqu'à ce que certaines informations, un changement de comportement de quasi dernière minute nous le rendent un peu plus sympathique. On aurait aimé le haïr jusqu'au bout...
Hanah reste une profileuse que l'on prend plaisir à suivre et à voir réfléchir et agir. Elle se révèle plutôt intuitive, conciliante, humaine.

La primo-enquête axée sur des meurtres frisant l'occultisme, et à priori le fait d'un serial killer, va s'ouvrir sur quelque chose d'une autre envergure, bien plus terrible encore. Et si cette première piste suit un cours lent, sans rien de particulièrement saisissant (pour un polar de ce type), ce qui est mis à jour par la suite est véritablement le nœud passionnant de l'histoire. Passionnant et terrible. Terrible tant il révèle jusqu'où peut aller la barbarie humaine commise sous des prétextes qui, outre l'argent, sont tellement aberrants.

Et quand on pense que ce type d'actes, cette persécution contre les albinos d'Afrique, ces atrocités sont réellement perpétrés de nos jours à cause de croyances obscurantistes,  il y a de quoi frémir et/ou vomir...

Alors certes, l'enquête manque parfois de subtilité, on sent un peu trop souvent venir les choses parce que les ficelles utilisées n'ont rien de vraiment original ; il n'empêche que j'ai pour ma part trouvé que ce titre de Sonja Delzongle remplissait bien son contrat (pour peu qu'on se laisse porter sans trop achopper sur certains points). Le cadre dépeint est à la fois magique, envoûtant, riche et extrêmement horrible.
Plus important encore, Dust a vraiment le mérite d'ouvrer les yeux du lecteur sur le sort réservé aux white shadows et sur ce trafic macabre qui a court dans toute l'Afrique.

Un dernier mot sur l'écriture de l'auteure qui est très agréable. Aidée par un enchaînement de chapitres courts, la lecture est bien rythmée, fluide.

"Elle savait ce que "la première" pouvait provoquer. Un séisme, un changement de l'être en profondeur. Une nouvelle vision de l'amour. Et quelles empreintes elle pouvait laisser. Des traces incrustées dans l'âme. Des cicatrices invisibles."

"-Vous pensez que vous n'êtes pas en pays civilisé, ici? le taquina Collins, qui avait très bien saisi ce que Right tentait d'exprimer.
-Non, non, non! Ce n'est pas ce que je voulais dire! Au contraire, je trouve que nous sommes conditionnés, pris dans un système de consommation qui vous broie à la longue, de constantes exigences de performance, si on n'est pas le meilleur, on n'est rien. C'est ce qu'on appelle paradoxalement "civilisé". Mais je ne suis pas sûr que ce soit vraiment ça, être civilisé. Les pays colonisateurs n'ont rien de "civilisé". C'est la soif de conquête qui les motive, ainsi que le gain et la conviction qu'ils détiennent la Connaissance. Quand on plonge dans le monde de l'Afrique avec un regard vierge, tout cela vole en éclat. Bien que les stigmates de la colonisation soient encore perceptibles et que, après l'avoir sucé jusqu'à la moelle, les pays colonisateurs aient laissé ce continent livré à lui-même, dans un chaos indescriptible, on sent une force et une sagesse singulières, la vie et la mort étroitement mêlées, les hiérarchies bousculées, une autre approche de l'humain... bref, des notions qui remettent les choses à leur place..."

Merci aux Editions Folio !!!

Commentaires

Je retiendrais ce bouquin pour l'ambiance et les messages alors, plus que pour l'intrigue. On ne peut s'empêcher de penser à Caryl Ferey et son zulu ... qui marque aussi d'une autre façon. Je ne connais pas cette série. Merci de la découverte C'era. bises

Écrit par : Licorne | 03/06/2016

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Eh eh tu as été rapide Lili :) J'ai lu Mapuche de mon côté de Ferey. Ses polars sont encore plus intenses et profonds. Mais il y a un peu de ça dans ce que dénonce Delzongle oui.
Bisou

Écrit par : c'era una volta | 03/06/2016

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Une lecture que j'avais apprécié, malgré ses quelques défauts que tu pointes.

Écrit par : Alex-Mot-à-Mots | 06/06/2016

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Ravie de voir que nous partageons le même avis, Alex (pas toujours le cas ^^ )

Écrit par : c'era una volta | 06/06/2016

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Ah je n'avais pas du tout été convaincue par le style.
Contente qu'il t'aie plu, tant mieux pour toi ;-)

Écrit par : Mariejuliet | 15/06/2016

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Quand un roman met en lumière des atrocités/injustices réelles, cela prend tout de suite une autre dimension ! Le cadre de l'Afrique me plairait, mais l'histoire en elle-même... je ne sais pas trop ^^ A voir, si l'occasion de le feuilleter d'abord se présente ;-) Merci de nous avoir fait changer de continent avec cette chronique :)

Écrit par : Lupa | 19/06/2016

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@MJ : ah ben zut. Pourtant je n'ai pas eu l'impression que c'était ce qui t'avait "déplu" en lisant ta chronique. Bon après, on accroche tous plus ou moins à une certaine forme d'écriture.
Heureusement pour moi, je n'ai pas achoppé là dessus.

@Lupa : Pour le savoir, il faut tenter l'aventure :) Qui sait une bonne surprise t'attend peut-être?

Écrit par : c'era una volta | 20/06/2016

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