12/02/2018
L'adjacent - Christopher Priest
Nexus
Tibor Tarent, photographe freelance a suivi sa femme, Mélanie, infirmière ONG en Anatolie. Il en reviendra seul. A Londres, où un attentat a fait des centaines de milliers de victimes, il est sollicité par les autorités gouvernementales pour un débriefing particulier sur les évènements survenus en Anatolie et dont la forme a été ici reproduite à plus grande échelle.
Dans le véhicule blindé qui le conduit en zone secrète, il rencontre une femme austère et autoritaire qui en sait long sur l'attentat et l'adjacence.
Pas facile de vous livrer mon sentiment après cette lecture. Elle fut à dire vrai un tantinet laborieuse (sans doute aussi que la période ne se prêtait pas à un tel roman qui demande quand même un réel effort d'attention). Toujours est-il que laborieux ne signifie aucunement mauvais. La qualité d'écriture de l'auteur et son talent narratif que je reconnais amplement ne sont pas mis en cause.
Priest est un petit malin, un escamoteur. Je me suis fait prendre au piège. Je m'attendais à un roman qui me livrerait une histoire, une et unique, dans un plus ou moins lointain futur où il ne fait pas spécialement bon vivre. Et, le début de L'adjacent n'a pas démenti l'attente. Puis? Puis, glissement de terrain. Changement de temps, de lieux, de protagonistes. Une fois, deux fois, trois fois...
Le roman prend alors des allures de recueil de nouvelles ayant pour thème "l'adjacence". Mais qu'est-ce que l'adjacence? Si je vous dis que je viens de me taper xxx définitions + la "lecture" d'une thèse de 130 pages sur l'adjacence relative pour voir si j'avais un minimum compris de quoi il retourne, vous me croyez? Non? Ben vous avez tort ^^
Alors? J'sais pas trop. Une histoire de relation dans l'espace (lieu, temps ???), de connectivité, d'imbrication entre des éléments... Univers parallèle ? C'est plus ou moins là dans L'adjacent et ça ne s'entend, ne se comprend que légèrement au fur et à mesure, peut-être encore mieux à la toute fin, comme un puzzle enfin achevé qui révèle au regard sa beauté toute entière.
Je dois vous dire que mon intérêt pour l'histoire des protagonistes de ce roman a été un peu inégal (Prachous ehm ehm...), cependant j'ai succombé à l'arc narratif mettant en scène Krystyna et Mike. C'est d'ailleurs cette part du roman qui a fait se reconnecter mes neurones grillés par quelques allers retours entre futur et passé. Aaaaaaah l'amour, la rencontre, le coup de foudre version top gun année 40 (sauf que c'est madame la pilote!). Non sans blague, j'ai vraiment été conquise par ces deux-là. Une part d'histoire puissamment romantique, romanesque, dramatique. Très intense et belle.
L'amour est clairement un autre fil conducteur de ce roman. Qu'il blesse, qu'il assouvisse, qu'il transperce, transporte, transcende, il est là. Et Priest nous le raconte avec les mots qu'il faut.
Oh il y est aussi question de réalité alternative, réalité tout court (son prisme?), d'illusion, d'avions, de guerres... C'est riche.
Pour finir avec cet avis brouillon.
Je pense que ce roman ne se livre pas en une seule lecture. Je crois même que Priest a œuvré tel un maître illusionniste pour que mon attention se porte sur certains points et se détourne d'autres. Je crois que ce qui est resté à la périphérie de mon regard (capté et aussitôt oublié) mériterait plus d'attention... L'adjacent et moi ce n'est pas fini.
"Il savait que, bien trop tôt, ils allaient devoir se séparer."
"il pouvait être déplacé vers une dimension quantique adjacente, si bien qu'en pratique, il cesserait d'exister."
"Je dupe et je trompe. Voilà ce que je fais."
Merci Editions Folio et le club Folio SF pour la découverte de Mr Priest
18:48 Publié dans Bang, Mmpf | Tags : l'adjacent, christopher priest, théorie plus ou moins obscure, amour, l'histoire se répète ou pas, éléments connexes, avion, triangle, guerre, illusion | Lien permanent | Commentaires (14)
Commentaires
Écrit par : Licorne | 12/02/2018
J'espère que tu trouveras chaussure à ton pied dans les écrits du monsieur :)
Écrit par : c'era una volta | 12/02/2018
Écrit par : Chut Maman Lit | 12/02/2018
Écrit par : c'era una volta | 12/02/2018
Tu as raison, Priest est un illusionniste qui adore nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Il nous manipule et adore nous faire cogiter, pour mieux nous piéger ensuite ^^ Son dada c'est de modeler la réalité, afin de nous tenir à sa merci ;-) Et... ma foi, j'ai adoré ça ! *dit la fille un peu maso sur les bord* :D J'ajouterai même, pour faire écho à ta dernière phrase, que Priest et moi, ce n'est pas fini non plus :)
Ta chronique est très bonne, car c'est un auteur dont l'univers n'est pas évident à expliquer. Je me creuse la tête en ce moment même pour en parler, et sans trop en dire, c'est un peu laborieux. On en reparlera quand j'aurai démêlé tout ça...
En tout cas, bravo, bien bel avis, dans lequel je retrouve bien l'empreinte que t'a laissée l'auteur !
Bises :)
Écrit par : Lupa | 13/02/2018
Cela me rassure quelque peu de savoir que je ne suis pas la seule à avoir (ou être en train dans ton cas) galéré pour rendre compte de ma lecture priestienne ^^ J'espère que tu réussiras à ordonner tes pensées et les.émotions qu'il te reste. Pas évident comme tu dis. Je crois que c'est peut-être que la digestion n'est pas finie et que nous continuons à cogiter sur ces histoires... Ne crois tu pas?
En tout cas merci de tes mots encourageants et positifs :)
(Ta chronique de Neverwhere m'a encore bien amusée tu sais ^^ )
Écrit par : c'era una volta | 13/02/2018
Écrit par : NovaBaby | 18/02/2018
Peut-être bien que ce roman demande une légère exigence du côté de la concentration effectivement. Peut-être que ma disponibilité d'esprit du moment m'a donné cette impression-là et que ça reste à vérifier en allant voir ce que d'autres en disent.
Il reste que l'écriture de Priest est tout à fait plaisante et qu'un certain nombre de passages du roman ont su m'emporter. C'est ce qui fait que j'aimerais me confronter à d'autres romans de l'auteur. :)
Je t'en souhaite une bonne future découverte en tout cas.
Écrit par : c'era una volta/itenarasa | 19/02/2018
Écrit par : Zina | 19/02/2018
Écrit par : c'era una volta/itenarasa | 19/02/2018
Écrit par : Tigger Lilly | 28/02/2018
En tout cas, il m'aura prouvé qu'il peut à la fois me perdre et m'emporter par son style. C'est assez troublant cette ambivalence.
Le film Le prestige m'a totalement emballée.
Merci de ton retour sur l'auteur :)
Écrit par : c'era una volta | 28/02/2018
Écrit par : Hilde | 30/05/2018
J'ai entendu beaucoup plus de bien sur La fontaine pétrifiée. Apparemment, il est plus "abordable" que L'adjacent. Tu fais donc sans doute bien de commencer par celui-là. Et peut-être que si tu accroches bien à l'écriture de Priest tu poursuivras par ce dernier.
Écrit par : c'era/itenarasa | 31/05/2018
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