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21/01/2013

Solanin T1&2 - Inio Asano

Solanin1&2_Inio Asano.jpgおもいたったがきちじつ

Inoue Meiko et Taneda Naruo vivent en couple dans un petit appartement. Ils se sont rencontrés il y a 6 ans à la fac, coup de foudre, ne se sont jamais quittés depuis. Ils sont maintenant de jeunes actifs, elle, est office lady (secrétaire) et lui, illustrateur à titre occasionnel pour un magazine et, à ses heures perdues, il retrouve ses amis de fac avec qui il avait monté un groupe de musique amateur. Inoue traverse une crise "existentielle", blasée de tout, en proie aux doutes la jeune femme redoute l'avenir et cette vie d'adulte "métro, boulot, dodo" qui la happe jour après jour et dans laquelle elle se sent prisonnière. Alors, elle plaque son boulot et va inciter son petit ami à s'investir dans son groupe pour le sortir de l'ombre...
Qui sait quelles conséquences découleront de ces choix
...

Solanin, c'est l'histoire d'une jeunesse paumée, cette jeunesse japonaise qui se cherche, qui s'ennuie, qui vivote de petits boulots en attendant de trouver une vraie opportunité de carrière mais qui en même temps, rêve d'autre chose. Rêve de liberté, rêve de ne pas grandir, de prolonger encore un peu l'insouciance des années facs où chacun croyait encore que son avenir correspondrait à ses rêves. Mais la réalité est autre. La réalité c'est qu'il faut manger, payer un loyer alors on accepte un boulot mal payé, qui ne nous plaît pas, où on est exploité... jusqu'à ce qu'on n'en puisse plus et qu'on plaque tout pour se laisser vivre encore un peu avant de comprendre qu'il faut avancer et accepter de grandir et s'investir dans quelque chose.
Cette jeunesse elle est incarnée par Inoue, Taneda et leurs amis Crack, Katô et sa petite amie. Des personnages attachants, réalistes dans lesquels tout jeune lecteur qui se trouve
con
fronté aux affres du passage de l'adolescence à l'âge adulte, du monde étudiant au monde du travail se reconnaîtra sans doute. Et peut-être même ceux aussi qui rêvent à n'importe quel âge de quitter leur travail actuel pour faire ce qu'ils ont toujours voulu faire. C'est aussi et surtout une histoire d'amour emprunte d'émotions.


Inio Asano dessine des personnages réalistes. Son trait de crayon est précis et pudique à la fois. Il nous livre aussi des planches détaillées, la ville, les paysages sont comme photographiés. Je ne connais pas beaucoup les mangas (bien que j'ai vu un certain nombre d'anime) mais j'ai le sentiment que Inio Asano se détache un peu du manga classique. Ce qu'il donne à voir, ce qu'il raconte à travers un pan de vie de cette jeunesse, c'est une peinture de la réalité brute telle que la vivent les jeunes d'hier et d'aujourd'hui. C'est intemporel ces questionnements qui nous taraudent au sortir de l'adolescence, au cours de ce passage à l'âge adulte et au moment de l'entrée dans la vie active : Que vais-je faire, que veux-je faire de ma vie, serai-je en mesure de vivre mes rêves ou faut-il y renoncer? Faut-il comme Taneda vivre un échec, comme Inoue un drame pour comprendre ce qui importe vraiment et rebondir?

"J'ai été attirée par l'idée que ce qui compte c'est d'être libre mais finalement si le mal c'était la liberté elle-même? Et merde... C'est compliqué la vie."

"Il m'arrive de penser que je n'apporte aucune contribution à la société... Je me sens comme une morte qui n'existerait plus. Et ça m'effraie... Il y a des soirs comme ça... C'est bizarre quand même... J'ai quitté mon travail parce que j'avais l'impression d'être devenue une zombie..."

"Aujourd'hui, j'ai joué de la guitare et j'ai chanté. Peut-être à cause des battements de mon coeur... Je n'entendais aucun son, ma voix a déraillé plusieurs fois... J'ai sûrement joué n'importe comment mais... la dernière chanson... "Solanin", je l'ai bien chantée et j'ai l'ai jouée sans faute."

Solanin est un manga que j'ai pris plaisir à lire, une histoire et un thème probablement vu et revu mais à qui les planches d'Inio Asano savent donner une belle dimension.

Solanin_planches.jpg

Si ce manga vous a plu, sachez qu'il en existe une adaptation en film datant de 2010 :

17/01/2013

Testament à l'anglaise - Jonathan Coe

Testament à l'anglaise,Jonathan Coe,un gros tas d'ordures,mélange de genres,corruption à tous les étages,thatchérismeToute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé ne serait que pure coïncidence...

Où il est question de la dynastie Winshaw et d'un jeune écrivain, Mickaël Owen, un brin renfermé sur lui-même et reclus dans son appartement à qui Tabitha Winshaw a commandité ce livre que nous tenons en main nous dit-on. Une biographie virant à l'enquête policière sur les pratiques des illustres membres de la famille Winshaw, tous hautement impliqués dans les hautes sphères de l'Etablishment de l'Angleterre post-victorienne jusqu'aux années 90. Dans quel but? Certes pas celui de faire un portrait flatteur de ses frères ou ses nièces et neveux. Non, elle espère en secret pouvoir faire la lumière sur le meurtre de Godfrey, son frère adoré, abattu en Allemagne en 1942 au cours d'une mission secrète. Celle que tous considèrent comme folle est convaincue que Lawrence son frère aîné est responsable de cette mort!

Si je vous disais que j'avais commencé ce livre il y a plus de 6 mois mais que n'ayant pas réussi à dépasser les 50 premières pages, je l'avais mis de côté. Et puis... Et puis, j'ai lu La pluie avant qu'elle tombe de cet auteur et il a été un véritable coup de coeur.  Ensuite, poussée par d'autres adorateurs de la plume de Coe, j'ai décidé de reprendre ma lecture de Testament à l'anglaise et ce, depuis le début. Vague souvenir des premières pages lues et il se trouve que cette fois, j'accroche.

Je fais connaissance avec les Winshaw, une famille richissime de l'Angleterre post-victorienne. Puissante mais qui vit des drames, la mort d'un des siens, l'internement d'une autre après qu'elle ait professé des accusations de meurtre contre un des siens.
Ce cadre posé, Coe nous embarque, grâce à cette idée de biographie sur la dynastie Winshaw, dans une satire sur l'Angleterre d'après guerre et notamment sur les années 80 du "thatchérisme", et ce au travers de la seconde génération Winshaw dont les membres ont tissé leur toile à tous les niveaux de la société.
Jonathan Coe est malin, judicieux même, il choisit non pas de nous livrer simplement les portraits de cette famille les uns à la suite des autres comme ça. Non, il insère dans son histoire, en guise de fil conducteur, un écrivain mal dans sa peau, se repassant en boucle la même scène d'une cassette VHS qui le trouble, le fascine et, qui entretient une relation amicalo-amoureuse avec sa voisine, Fiona, ange-gardien qui l'a sorti de son isolement.
Entendons-nous bien : le beau rôle dans l'histoire c'est lui qui l'a. Les autres? Yurk! Terrible! Je n'ai cessé de me répéter : OMG! Il n'y en a pas un pour rattraper l'autre! Pas un ! Je crois même que si ce roman n'avait consisté qu'à nous présenter successivement les-dits portraits Winshaw, je n'aurai guère apprécié plus que ça, même s'il m'aurait fallu saluer le caractère satirique de la chose et tout ce que Coe dénonce mais ça, je vais y venir.
L'histoire de Mickaël Owen est vraiment ce qui a maintenu mon intérêt tout au long de ma lecture. Son histoire personnelle, sa relation avec Fiona, l'intrigue autour de ce manuscrit sur les Winshaw qui lui vaut d'être haï par ceux-ci, voir malmené et de se retrouver au coeur d'une enquête avec un très vieux détective qui s'en ferait bien tailler une...
Mickaël Owen va en découvrir des choses sur les Winshaw, sur les dessous viciés de l'Etablishment anglais mais aussi sur lui-même, une destinée mêlée au-delà de ce qu'il pensait à celle des Winshaw. Notre auteur quelque peu apathique va sortir de sa coquille et nous en mettre plein la vue! Jusqu'à la presque dernière page nous le croirons maître de son livre, libre mais, quelle surprise que cette fin concoctée par Coe... Aucun rebondissement ne sera laissé au hasard...

Les Winshaw! Si vous vous dites que dans une famille il y a toujours un mouton noir, eh bien là, pour le coup, force est de constater que chez les Winshaw nous avons un troupeau. Avec eux, l'expression "pourri jusqu'à la moelle" est consacrée, difficile de trouver de meilleurs exemples pour la définir.

Hilary : pseudo-journaliste sans talent qui n'aura épousé le directeur d'un quotidien que pour se faire sa place dans le milieu et pourrir de ses écrits remaniés la presse.
"Depuis des années, elle semblait tenir des milliers et des milliers de lecteurs sous le charme, par son habitude attendrissante d'avouer une ignorance presque totale de ce dont elle choisissait de parler [...] Détail intéressant, quoique peu connu, le fait de déverser ces torrents d'insanités rapportait annuellement à miss Winshaw l'équivalent de six fois le salaire d'un instituteur qualifié et huit fois celui d'une infirmière des hôpitaux".
Apte à tous les revirements dans ses écrits, mère indigne (le passage où elle parle de sa fille est édifiant sur sa personnalité!), soucieuse essentiellement de sa notoriété et jouant de l'influence de ses cousins pour obtenir un poste à la tête de l'actualité télévisée.

Henry : le politicard de la famille. Député au parti travailliste, spécialiste ès retournement de veste, hypocrite et faible et n'usant de son pouvoir que pour proposer des lois allant dans le sens des intérêts de sa famille ou des riches. Tout pour lui doit être une source de bénéfices :
"J'ai également pris une ferme décision pour le mot -hôpital-. Ce mot est exclu de nos discussions : nous parlons désormais d'-unités pourvoyeuses- [...] L'hôpital devient un magasin, les soins deviennent une marchandise, tout fonctionne selon les règles des affaires. [...] L'ordre du jour a été la génération de revenus. Je ne vois aucune raison pour que les unités pourvoyeuses ne fassent pas payer les places de parking aux visiteurs, par exemple".

Roddy : richissime gallériste londonien qui s'y connaît bien plus en techniques de séduction douteuse qu'en Art. Ce dernier use et abuse de sa position de directeur d'une prestigieuse galerie d'art pour assouvir ses envies sexuelles. Ainsi, il n'hésite pas à faire miroiter des propositions alléchantes à de jeunes proiesartistes naïves afin de les amener à coucher avec lui puis les jette sans remords ni honte en se moquant même de leur crédulité :
"Elle le repoussa doucement en déclarant : Écoutez, je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée.
-Vraiment? Alors je vais vous dire ce qui serait une bonne idée. Le 13 novembre.
-Le 13 novembre? reprit-elle en se rendant vaguement compte qu'il s'était mis à lui déboutonner sa chemise de nuit. Qu'y aura-t-il le 13 novembre?
-Le vernissage de votre exposition, bien entendu. Il défit le dernier des trois boutons".
[...]

"Elle fronça les sourcils et déclara d'une voix creuse : Est-ce que vous plaisantez?
-Ma chère, répondit-il, la galerie Narcisse a une réputation internationale. Je pense que c'est vous qui plaisantez, si vous vous êtes imaginée qu'un seul de ces... barbouillages d'élève avaient la moindre chance d'y avoir sa place".

Dorothy : a épousé un richissime fermier puis s'est accaparée la propriété et le cheptel de ce dernier pour en faire une entreprise agro-alimentaire versée dans l'élevage intensif. Elle est caractérisée par sa froideur et son absence de sentiments que ce soit envers son époux (qui finira par sombrer dans l'alcoolisme) ou son cheptel. Ce qui l'intéresse? dominer le marché, améliorer sans cesse sa production par tous les moyens, même si ceux-ci vont à l'encontre de certaines mesures sanitaires :
"As-tu entendu parler d'un produit appelé sulphadimidine?
-Je ne crois pas. De quoi s'agit-il?
-Eh bien, c'est inestimable pour les éleveurs de porcs. Absolument inestimable. Comme tu le sais, nous avons fait d'énormes progrès dans les niveaux de production depuis une vingtaine d'années, mais il y a eu un ou deux effets secondaires. Des maladies respiratoires, par exemple : mais la sulphadimidine peut nous débarrasser au moins des pires, vois-tu.
-Où est le problème, alors?
-Oh, les Américains l'ont testée sur des rats et prétendent qu'elle provoque des cancers. Et, apparemment ils vont faire passer une loi contre. [...]
-Mais ce serait absurde. Il n'est pas question d'interdire quelque chose qui peut t'aider à rester compétitive. J'en dirais un mot au ministre. Je suis certain qu'il comprendra ton point de vue. Et puis des tests sur des rats ne prouvent rien du tout. De plus, nous avons une longue et honorable tradition : celle d'ignorer les avis de nos conseillers indépendants."
Dorothy vous l'aurez compris n'est pas de ces femmes qui s'embarassent de questions d'éthique, et si elle peut utiliser à son compte la position dont bénéficie ses cousins pour passer outre certaines règles et parvenir à imposer à coup de slogans débiles le lobby BrunwinHoldings dans tout le pays alors, tout est beau dans le meilleur des mondes Winshaw.

Thomas : dans la famille Winshaw, je voudrais le banquier hypocondriaque et voyeur. Voici un homme tout ce qu'il y a de plus calculateur et malhonnête. Un prédateur : comment prendre aux pauvres pour redistribuer aux riches afin de les rendre encore plus riches :
"Il éprouvait un grand plaisir à arracher les énormes sociétés appartenant à l'Etat des mains des contribuables, et à les démanteler au profit de quelques actionnaires rapaces ; l'idée d'aider à déposséder la majorité et arroser la minorité l'emplissait d'un sentiment de justice délicieux et apaisant. Cela satisfaisait en lui un instinct primordial."

Mark : le pote à Saddam! Homme d'affaire hautain, implacable et le fournisseur officiel d'armes d'Hussein. Ne vous scandalisez pas, il pense aussi à fournir ses opposants. Il faut bien que la guerre dure pour que les bénéfices de la Vanguard Import et Export se pérénnisent. Et peu importe qu'ils doivent s'adresser à un ancien nazi pour honorer ses marchés :
"Je sais parfaitement ce que Saddam Hussein fabrique dans cette prétendue unité de recherche. Je sais aussi qu'Israël sera sa première cible. C'est pour cette raison que je le soutiens, bien sûr. Il va reprendre une entreprise de nettoyage qu'on ne nous a jamais permis d'achever. Est-ce que vous me comprenez bien, monsieur Winshaw?
-J'ai pris l'habitude, répondit Mark, de ne jamais poser de questions sur l'emploi..."

Vous l'aurez compris à travers ces portraits les Winshaw ne sont pas des anges, ni des gens comme les autres. Non! Ils se placent au-delà de la masse, au-delà du commun des mortels. Ils ont tous les droits et le droit pour eux. Aucun problème de conscience dans cette famille. Tous les moyens sont bons pour s'enrichir et dominer la société. Ils ne sont pas dans le monde, ils font et sont le monde.
Je crois que Coe par l'écriture de ce roman s'est autorisé à vomir tout ce qui avait pu (pouvait) le révolter dans son pays : la corruption politique, financière et médiatique, l'élevage intensif au dépend de la santé des gens, la privatisation des services publiques initiée sous Margaret Thatcher si lourde de conséquences pour le pays.
Mais il n'est pas question que de dénoncer ici, il faut quelque part que la "morale" soit sauve... Et alors qu'on se demande qui pourrait venir à bout de ces odieux personnages, Coe nous épate par un énième rebondissement.
D'un coup, la narration version biographie familiale cède le pas à une fin digne d'un roman d'Agatha Christie.
Les 10 petits nègres revisités à la sauce Coe ça fait peur, ça surprend et c'est presque bizarre! Une ultime pirouette, une ultime envolée et le tour est joué. Enfin? Peut-être...

Testament à l'anglais est un roman à la fois tragique, drôle, satirique, romanesque et qui joue sur une multitude de genres (biographique, policier, thriller, romance). La force est dans ce mélange subtil qui confère à ce titre une vraie dynamique et le rend palpitant à bien des égards. La plume à la fois ironique et drôle de Jonathan Coe n'enlève rien à ce plaisir.
J'ai déjà hâte de lire le prochain Coe dans ma PAL!

12/01/2013

La fin du monde - Tirabosco et Wazem

La fin du monde_Tirabosco et Wazem.jpgLa chambre des secrets!

Un couple, un enfant, un bébé sur le point de naître. Ils sont en voiture la nuit et doivent affronter les intempéries. Lui fait ce qu'il peut pour rassurer sa femme quand soudain, c'est l'accident.
Bien des années plus tard, l'action s'ouvre sur une vieille femme qui entre dans un magasin et demande un parapluie. La vendeuse lui dit que par ce beau temps elle n'en aura guère besoin, l'ancienne quitte les lieux en lâchant cette phrase comme une menace "on va tous très bientôt avoir besoin d'un parapluie".
Page suivante, plan sur une jeune femme allongée sur le sol de son appartement. Elle se parle à elle-même ou plutôt à quelqu'un qui l'accompagne "dans sa tête" et qui lui répond. Elle semble dépressive, plongée dans une profonde réflexion sur le vide qu'elle ressent puis elle s'interroge sur cette mère qui l'aurait abandonnée. Son ami rentre, excédé de la trouver ainsi il l'agresse d'emblée lui reprochant son état apathique. Dehors un déluge de fin du monde semble plonger la population dans la panique, elle, elle n'en a pas conscience. Le téléphone sonne, la jeune femme apprend de la bouche de son ami que son père est à l'hôpital, dans le coma. Elle va le voir puis passe chez son père et retourne chez elle. En pleine nuit, elle se souvient d'avoir oublié de nourrir le chat de son père. N'écoutant que sa conscience, elle fonce là-bas. Elle retrouve le chat, Capsule, qui lui, entretemps, a fait connaissance de la vieille femme avec qui il a eu une drôle de conversation au sujet d'une pièce fermée à clé au dernier étage de la maison. Une pièce interdite d'accès... La jeune femme se croit seule avec son chat, elle recommence à s'adresser à ce compagnon imaginaire ne se doutant pas que la vieille femme est là, à l'intérieur de la maison. Cette dernière s'avance, la surprend et convainc la demoiselle de l'héberger. Ici commence une nuit de confidences entre la jeune femme et l'ancienne, elles mangent, bavardent et boivent. La jeune femme s'endort ivre et apaisée, comme elle ne l'a pas été depuis longtemps. Elle s'endort oui, sur une promesse mystérieuse quant au lendemain. Au petit matin, la vieille femme l'entraîne presque de force avec elle à l'étage, dans la pièce fermée qu'elle a pu ouvrir après avoir passé un pacte avec Capsule.
A l'intérieur, signalée par le chat, une présence dangereuse, malsaine. La vieille femme se laisse alors posséder par celle-ci afin de permettre à la jeune fille de franchir un passage. Effrayée la jeune femme se rue dans ce dernier, bascule alors dans un autre univers où elle ne peut que poursuivre sa descente. Mais une ombre est à sa poursuite, des particules de ce qui se trouvait dans la pièce sont après elle! Elle ne doit son salut qu'à l'intervention d'un petit garçon qui se dit être le jardinier de la forêt. Après un dîner et un temps de repos, il la remet sur le sentier. Se croyant dorénavant à l'abri elle progresse sur le chemin quand soudain l'ombre est à nouveau-là sur elle! Quand elle reprend conscience elle est devant la maison de son père qui est là à l'attendre. Ce père retrouvé est là pour briser le silence entre eux, pour lui donner les réponses qu'elle attend depuis toujours, des réponses sur ses origines, sur la raison de l'abandon... Des réponses pour grandir, pour avancer et pardonner...

C'est attirée par la couverture et le petit rectangle "Coup de coeur!" apposé par les biblothécaires que je me suis arrêtée devant cette BD de 116 pages mise en avant sur un présentoir. Un titre intéressant mais surtout un dessin, une couleur qui font que errant dans la salle BDs adultes où je cherchais d'autres titres, j'ai pris La fin du monde en mains, en ai tourné quelques pages et l'ai mis directement dans le sac.
Je l'ai lue dans la foulée, puis relue encore une fois avant d'en écrire mon avis en l'appréciant toujours autant.

La fin du monde c'est une histoire empreinte de fantastique, qui a tout du roman initiatique. Une jeune femme perdue dans le néant qu'est sa vie qui rencontre une vieille femme (dont le lecteur devenira bien vite grâce à divers indices qui elle incarne) et qui loin de son rôle habituel, la servira de guide. Un guide mystérieux, presque effrayant par instant dont le dessin contribue à lui donner cette dimension particulière. Elle est attachante cette jeune femme qui finit par se faire violence pour affronter ses propres peurs et partir en quête de réponses qui lui sont nécessaires (vitales?) pour se sortir de cette langueur qui l'étreint. Il lui faudra oui franchir le rideau de pluie qui s'abat sur elle pour entrevoir un coin de ciel bleu et reprendre goût à la vie.
Le chat Capsule est une présence importante aussi dans l'histoire, il est à la fois celui qui voit le "mal", permet d'accéder à la pièce secrète mais aussi protège par sa présence (petit clin d'oeil à cette légende qui veut que les chats soient aptes à voir les esprits ^^).
Dans La fin du monde tout n'est pas dit, il est des choses qui se devinent. Au lecteur d'interpréter l'histoire, de trouver un sens aux évènements en recollant les morceaux qui nous sont donnés par l'auteur.
J'ai trouvé le scénario bien construit, on se laisse porter par cette histoire et s'il n'y avait les dessins on oublierait presque qu'il s'agit d'une BD. Elle a par bien des aspects des allures de nouvelle fantastique.

J'ai particulièrement accroché au dessin, séduite d'emblée par les teintes bleutées allant du bleu, bleu-gris au noir appuyées d'un blanc pastel qui souligne à la perfection le trait de crayon. Ces tons contribuent parfaitement à l'ambiance à la fois intime, inquiétante voir angoissante de certaines scènes et mettent en valeur la trame de l'histoire.

A lire au coin du feu, par un soir de grosse pluie pour se plonger dans l'ambiance de cette belle BD (et avec un chat sait-on jamais qu'un esprit rôderait...).

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Quelques citations :

"Je ne me sens ni éveillée, ni en vie"

"Je suis aussi étrangère à moi qu'aux autres"

"Il se produit parfois des choses inexplicables, n'est-ce pas?
Surtout pour les humains, qui ne perçoivent qu'une infime partie des choses.
C'est très étrange d'avoir exercé une telle domination sur les autres espèces en étant à moitié aveugle"

"Pourquoi les humains vous représentent souvent avec cet accoutrement ridicule et cet outil à la main?
Parce qu'ils ont besoin d'images pour représenter ce qui leur fait peur"

"Tu sais d'où vient le mot maladie?
De mal à dire. Le malade est celui qui a du mal à dire quelque chose. Son corps le dit à sa place sous forme de maladie. J'aime cette idée parce qu'elle implique que si on arrive à dire, alors on ne souffre plus"