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09/06/2013

La petite fêlée aux allumettes - Nadine Monfils

La petite fêlée aux allumettes_NMonfils.jpgShe's on fiiiiire!

Pandore, ville imaginaire est le théâtre de meurtres de gamines, version contes d'antan. Une jeune femme, Nake, craque une allumette et a la vision de ces horribles crimes. Un clodo, père de l'homme qu'elle a tué, est à ses trousses et veut lui faire la peau. L'inspecteur Cooper, vieux briscard se voit affublé pour l'enquête de son jeune collègue homo et travelo Michou qui n'en manque pas une pour le provoquer. Pour couronner le tout, voilà que mémé Cornemuse non contente de s'inviter chez notre inspecteur, décide de faire du bénévolat chez les flics. Le ménage par le vide et le pompage dans tous les sens du terme, c'est son domaine...

Voici une histoire complètement allumée, peu crédible, parfois crue, avec des cadavres à la pelle et un humour bien noir, empreint de dérision qui permet d'oublier toutes les incongruités du récit et de se concentrer sur l'amusement que nous procure cette lecture.
Je crois que le lecteur ne doit pas ici s'attacher à la vraisemblance des faits, il en sortirait déçu.

Les personnages que nous croisons, hauts en couleurs, sont tous liés par quelque chose ou quelqu'un, ont tous un lien direct ou indirect avec les crimes commis. Ils sont à part, paumés, déprimés, lubriques, mauvais, dérangeants ou en quête d'un mieux. Mais ils sont surtout drôles et surprenants. Les réparties qui fusent entre Cooper et Michou, Cooper et sa secrétaire ou Cooper et mémé Cornemuse sont un délice.
Mémé Cornemuse, ahlala quel phénomène! On peut ne pas adhérer à ses pratiques, à tout ce qu'elle est et fait mais, bon sang, une mémé comme ça, ça déménage! Elle ose tout sans scrupules et on se surprend à la trouver... je n'sais pas... sympathique n'est peut-être pas le mot, mais elle a quelque chose qui m'a fait sourire bien malgré moi parfois. Elle est détonnante, un feu d'artifice qui vous sidère et cloue le bec aux jugements qu'on peut porter sur elle.

"Eh stop! J'ai une mémoire sélective, mon coco. Je ne me souviens que des bonnes choses et des gens intéressants. Les cons, je zappe, pfouit, et je tire la chasse. On ne tapisse pas le bonheur avec des merdes."

Après avoir fermé ce livre, je n'ai pu m'empêcher de penser au visage de Nadine Monfils en train de me dédicacer le livre aux Quais du Polar. Je comprends mieux l'étincelle amusée dans son regard et cet air malicieux qu'elle avait, vous savez comme quelqu'un qui sait qu'il va vous jouer un drôle de tour :)

Je remercie Stéphanie pour cette LC à laquelle j'ai participé avec plaisir (et un peu de retard) et aussi Soundandfury qui a choisi ce roman pour le challenge Livr@deux de Livraddict.

Retrouvez ci-dessous quelques avis des participantes à la lecture commune :

Stéphanie

Ramettes

Lizouzou

Ingrid

Clédesol

06/05/2013

Affinités - Sarah Waters

Affinités,Sarah Waters,prison pour femmes,époque victorienne,spiritisme,déceler le vrai du faux,amours contrariésQuel est son double?

Margaret Prior, jeune demoiselle de la bourgeoisie anglaise, décide de devenir Dame Patronnesse à la prison pour femmes de Milbank. Elle compte ainsi fuir son quotidien et le mal de vivre dans lequel l'ont entraînée la mort de son père et un amour contrarié. Elle se jette donc, contre l'avis de sa mère qui la sait fragile, à corps perdu dans cette fonction à valeur sociale et découvre non sans effroi la misère de l'endroit et la dureté des conditions d'enfermement de ces femmes. Si certaines l'émeuvent, une en particulier va éveiller en elle un intérêt et un désir particulier, entre fascination et attirance : Selina Dawes, jeune spirite, condamnée pour escroquerie.
Entre emprise psychologique et séduction, il faudra à Margaret trouver son chemin jusqu'à la vérité.

Voici une histoire somme toute assez fascinante, qui plonge le lecteur au coeur d'une ambiance bien sombre et à l'intrigue savamment menée.
D'abord parce que le gros de "l'action" se situe dans un milieu carcéral féminin qui, même s'il peut rebuter par sa dureté, que c'est sordide et que ça donne froid dans le dos, donne aussi une vision extrêmement intéressante d'un tel lieu à cette époque.
Ensuite parce que toute l'histoire repose sur des personnages féminins dont l'une si mystérieuse, inquiétante mais fascinante et, l'autre, si fragile et rebelle à la fois. En tout cas, deux femmes "hors normes" qui vont se trouver... par hasard pense-t-on dans un lieu tout aussi atypique.
Il ne faut pas pour autant oublier ces autres visages dans et hors de la prison qui nous interpellent et suscitent sympathie ou rejet et font aussi le paysage d'Affinités.

Sarah Waters sait y faire pour attiser la curiosité du lecteur et ce n'est pas pour rien que le roman s'ouvre sur la scène qui conduira Selina Dawes en prison. Toutefois, l'explication à tout ceci, il faudra attendre d'être arrivé au bout de l'histoire pour supposer comprendre ce qui s'est produit. Les passages du journal de la jeune spirite distillés à l'intérieur du récit de Margaret Prior viendront d'ailleurs de plus en plus éveiller notre intérêt pour le personnage. Servent-ils l'intrigue pour autant? Ils contribuent sans nul doute à faire grandir la curiosité du lecteur pour le côté occulte du roman. Ils rendent celui-ci avide de savoir qui est réellement Selina Dawes. Est-elle crédible, manipulatrice ou simplement folle? Ils contribuent en tout cas à la fascination du personnage et permettent sans doute de comprendre pourquoi Margaret Prior est tant attirée par la médium. Mais sans cette fragilité qui la caractérise aurait-ce pu être différent? Sans cette passion trouble révélée à demi-mots qu'elle a vécu par le passé, qui la blesse encore, se serait-elle réfugiée dans l'oubli que lui procurait sa relation "spirituo-fusionnelle" avec Selina? Au final, qui de Margaret ou de Selina sauvait l'autre de de ses fantômes et d'une condition "misérable"?

Bien que j'ai flairé de loin ce qui allait advenir, je n'en ai pas moins voulu croire à un dernier rebondissement qui ferait que... tout en me disant qu'au fond, c'était presque obligé qu'il en soit ainsi. Mais quand même, il n'en reste pas moins que toute la vérité n'est pas faite sur Selina Dawes et, que là, il appartient à chaque lecteur d'interpréter le journal de la médium à sa façon et suivant ses propres croyances. De même, le lecteur ne pourra s'empêcher de se questionner sur les ressentis de Margaret Prior. Souvent plongé dans un brouillard tout aussi épais que son esprit abymé dans la drogue qu'on lui fait prendre puis qu'elle ira chercher, on ne cessera de se demander si ce qu'elle vit dans le secret de sa chambre est du lard ou du cochon...

" Je n’ai jamais eu peur comme en ce moment. On m’a laissée dans le noir, avec rien que la lumière de la rue pour écrire."

Affinités comprend de nombreuses ficelles pour séduire son lecteur : ambiance carcérale victorienne sordide, suspens et frissons, romance sous-jacente, drame, personnages intrigants, semi-vérités et faux-semblants, dissimulation... J'ai apprécié chaque moment de cette lecture et quand je lis que ce roman n'est pas le meilleur de Sarah Waters, je me réjouis alors de découvrir les autres!

01/05/2013

Boys don't cry - Malorie Blackman

boys don't cry,malorie blackman,mono-parentalité précoce,un enfant ça vous prend aux tripes,homosexualité,homophobie,2 papas et un tonton,le père n'est pas homo3 hommes et un couffin

Un jeune homme aux portes de la majorité, tout juste diplômé et prêt à prendre son envol loin d'une famille qu'il aime mais qui lui pèse. Son ambition, ses rêves semblent réduits à néant ce jour où son ex-petite amie, disparue dans la nature, réapparaît et lui laisse sur les bras leur bébé, Emma. Choqué, Dante saura-t-il prendre la bonne décision pour lui et le bébé? Pourra-t-il compter sur sa famille composée d'un frère plus jeune qui se bat de son côté contre l'homophobie et, d'un père qui élève déjà tout seul ses fils en portant sur eux les ambitions qu'il n'a pas lui-même réalisées?

Boys don't cry est un roman jeunesse qui se lit d'une traite et facilement parce qu'un style simple, des chapitres courts, alternants entre les narrations de Dante et celles plus concises d'Adam. Ce n'est pas larmoyant et, contrairement à ce que j'ai pu lire parfois, je trouve l'ensemble plutôt crédible.
On pourrait le croire léger de fait ce roman alors qu'il aborde des sujets qui entrent sans doute dans des préoccupations qui sont peut-être plus de l'ordre des parents que des jeunes ados. Eux, en général ils vivent d'abord les choses et se posent souvent les questions après ^^
Rapports sexuels non protégés, enfantement non voulu, parentalité précoce, père célibataire, assumer ses responsabilités ou déléguer?
L'attirance pour le même sexe à l'adolescence n'est-elle qu'un passage ou une homosexualité vraie et assumée? L'homophobie s'exerce-t-elle uniquement à l'extérieur? Les moqueries et dénis familiaux sont-il à considérer comme des actes d'homophobie, une forme de pression invitant à rentrer dans le rang?
Devient-on parent à la naissance de son enfant? Peut-on aimer et assumer un enfant non désiré sans conséquence future sur l'enfant? L'arrivée d'un enfant resserre-t-elle la cellule familiale ou la fait-elle exploser?
Un homme est-il moins apte qu'une femme à élever un enfant? Aime-t-il moins bien qu'une mère?
Modèle parental, modèle sexuel... Quelle place la société laisse-t-elle à ce qui sort de la norme?

Ces thèmes abordés font-ils de Boys don't cry un roman moralisateur et/ou ennuyeux?
Absolument pas! C'est un roman vivant, intéressant qui parle d'une histoire, celle d'hommes qui s'ouvrent à des sentiments, à la possibilité de ressentir et d'exprimer un amour qui se veut à la base maternel et, par là, démonstratif. Ce n'est d'ailleurs peut-être pas pour rien que celui qui se montre d'emblée le plus réceptif au bébé, le plus tactile, est Adam. Il est homosexuel et n'a pas honte de laisser voir sa part de féminité, de câliner Emma.
Histoire d'hommes qui vont apprendre grâce à la présence d'une petite fille à s'ouvrir les uns aux autres, à crever les abcès et tensions familiales. Histoire d'amour, de courage, de force de caractère. Apprendre à rebondir malgré les aléas de la vie. Apprendre à se serrer les coudes dans l'adversité. Savoir se remettre en question. Savoir ravaler sa colère et pardonner : à soi, aux autres. Être fier d'être ce qu'on est.
Apprendre à pleurer sans honte même si on est un homme.

Voilà ce que j'ai vu dans Boys don't cry. Voilà ce qui m'a plu. Dante, Adam, deux frères aussi attachants l'un que l'autre, que je me suis bien gardée de juger. Je me suis juste laissée porter par le tourbillon des sentiments, des pensées qui les traversaient ; tantôt mer tourmentée, tantôt mer apaisée. Le père aussi, qui voit en son fils aîné, son propre passé le rattraper et qui va aider Dante à rester droit, et lui transmettre son savoir, qui va apprendre à les écouter aussi.
Les autres protagonistes de l'histoire ne laissent pas sans réaction. Mais je ne vais pas tout vous dévoiler, je préfère que vous lisiez ce roman. Que vous puissiez l'apprécier autant que moi si possible!

J'ai failli oublier! Merci Stéphanie de m'avoir donné le prétexte du challenge Livr@deux pour sortir ce titre intéressant de ma PALN :)

Quelques citations :

"Parfois, les choses que nous sommes convaincus de ne pas vouloir sont en fait celles dont nous avions le plus besoin."

"Les enfants, c'était bien quand on avait la trentaine bien entamée, un emprunt pour sa maison, un boulot stable et des économies à la banque. Les enfants, c'était pour ces gens sans envergure qui n'avaient rien d'autre pour remplir leur vie."

"- J'ai récemment découvert quelque chose, ai-je reparti sans chercher à arrêter les larmes qui coulaient sur mes joues. Les garçons ne pleurent pas, mais les hommes oui."

"- J'aime la vérité, je crois. Il faut que certaines personnes s'assurent qu'elle soit dite."