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25/11/2012

Rebecca - Daphné du Maurier

Rebecca,daphné du Maurier,romance et drame,LC avec Myrtille,une bien belle histoire!Dis-moi qui tu épouses, je te dirai ton nom

Mademoiselle X fait son apprentissage de demoiselle de compagnie auprès de Mrs Van Hopper. Au cours de leur séjour à Monaco elles font la rencontre de M. de Winter propriétaire du domaine de Manderley en Angleterre. La jeune femme profitant que la vieille dame est convalescente, sèche les courts de tennis pour partir en promenade avec Maxim qui étonnamment s'intéresse à elle. L'homme taciturne se déride, un lien particulier se noue entre eux. Aussi, au moment de quitter Monaco, la jeune femme éperdue d'amour se précipite pour avertir De Winter de ce départ précipité. Celui-ci, tout aussi amoureux, lui propose de l'épouser. Mrs Van Hopper surprise met en garde la jeune femme, si De Winter veut épouser mademoiselle X ce n'est que pour combler une solitude qui lui pèse de trop. Toute à son bonheur et folle d'amour pour cet homme, la jeune femme fait fi de cet avertissement et après un voyage de noce sommaire en Italie, le couple retourne à Manderley. L'accueil que lui réserve la gouvernante Mrs Danvers est plus que glacial et la nouvelle Mme de Winter aura bien du mal à trouver sa place de maîtresse de maison. En effet, l'ombre de Rebecca de Winter, première épouse de Maximilien de Winter, morte en mer, plane sur le domaine et le couple. A tel point que la jeune femme souffrira d'un tel complexe d'infériorité face à la popularité de la première dame qu'elle finira par douter même de la réussite de son mariage et s'étiolera jour après jour...

Rebecca est un roman bien agréable à lire, on tourne les pages sans peine en se laissant porter par une histoire à l'ambiance de plus en plus lourde. Bien entendu, on pressent que tout est trop beau dès le départ et que cela ne va pas durer. On sent que le drame de la mort de la première épouse de Maxim de Winter va venir entacher cette relation, dresser un mur entre les nouveaux mariés. Elle, a tout juste 20 ans, lui a la quarantaine. A peine arrivée à Manderley, elle étouffe sous le poids de ce nouveau statut social auquel elle n'est pas habituée. Elle se sent d'ailleurs bien plus à l'aise auprès de Clarice sa femme de chambre qu'auprès de tous ces gens à qui elle doit rendre visite en tant que "nouvelle" Mme de Winter. Toutes ces mondanités sont de trop pour elle, jamais elle ne se sent à la hauteur et elle n'aura de cesse de se comparer à la défunte Rebecca qui était adulée de tous.

J'avoue que cette remise en question incessante de ses capacités, sa peur de Mrs Danvers et son caractère timoré m'ont quelque peu irritée. J'aurais voulu la secouer et lui dire "oh c'est toi la maîtresse de maison, affirme-toi un peu!" Il faudra attendre que son mari soit menacé par le secret révélé de la mort de Rebecca pour que la demoiselle sorte de son cocon et se montre digne de son nouveau statut. A partir de là, le rythme du roman s'accélère, il prend une nouvelle tournure, plus palpitante où la tension devient palpable. Même le rythme de lecture s'accélère, on arrive presque haletant au dénouement. Enfin on croit y être parvenu quand soudain nouveau rebondissement, nouvelle crainte pour le couple. On souhaite, on prie presque pour que tout se termine bien mais, la toute fin est encore source de surprise. Au final, la tension du roman ne retombera qu'une fois tournée la dernière page, lu la dernière phrase.

"On dit que les humains sortent meilleurs et plus forts de la souffrance et que, pour progresser en ce monde ou en tout autre, il faut subir l'épreuve du feu. Nous avons tous deux connus la peur, la solitude et une grande détresse. Je crois que l'heure de l'épreuve sonne dans toutes les existences. Nous avons tous notre démon particulier qui nous chevauche et nous tourmente et il faut bien finir par le combattre. Nous avons vaincu le nôtre ; du moins, nous le croyons."

Je remercie Le Cottage de Myrtille pour cette idée de lecture commune qui m'a permis de découvrir cette belle histoire, retrouvez son avis ici.

12/11/2012

Portugal - Cyril Pedrosa

Portugal_Pedrosa.jpgSur mes traces...

Simon Muchat, auteur de bandes dessinées en mal d'inspiration invité pour un festival BD au Portugal est saisi par un je n'sais quoi qui le prend aux tripes. Ce court voyage le ramène à ses souvenirs d'enfance, à de courts séjours passés dans ce pays et qu'il avait quasiment rayés de sa mémoire. Son retour en France signera la fin d'une histoire et le début d'une nouvelle. Simon partira sur les traces de ses origines. Il ira d'abord à la rencontre de sa famille puis de la terre de ses ancêtres et c'est là qu'il se retrouvera.

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"C'était il y a très longtemps quand l'Espagne et le Portugal se faisaient la guerre. Un soir trois cavaliers fourbus vinrent frapper à la porte d'une des petites fermes de Marinha da Costa. Ils étaient espagnols et voyageaient avec un petit garçon. Ils demandèrent à dormir dans une grange pour la nuit. Les paysans impressionnés par ces hommes en armes n'osèrent pas leur refuser l'hospitalité. Au petit matin, le paysan qui les hébergeait, inquiet de ne pas les voir se lever s'approcha de la grange. Les cavaliers n'étaient plus là. Il ne restait que le petit garçon, endormi dans la paille. Les paysans le réveillèrent. Qui était-il? Les cavaliers allaient-ils revenir? Pourquoi l'avaient-ils laissé ici? Le petit garçon ne comprenait rien à leurs questions. Il répondait à chaque fois en espagnol -Muchacho... Muchacho-, comme pour s'excuse de n'être qu'un enfant. Les cavaliers ne revinrent jamais. Personne ne sut pourquoi ils étaient venus. Le petit garçon resta dans le village, devenu paysan parmi les paysans. Longtemps, longtemps après les descendants du petit Muchacho vivaient encore à Marinha. Ils étaient devenus la famille Mucha."

 Cela faisait des années que je ne m'étais pas plongée dans une BD. Portugal est bien plus que ça d'ailleurs, Cyril Pedrosa signe ici ce qu'on pourrait appeler un roman illustré de 261 pages. Et c'est assez puissant comme histoire. On ne la lit pas d'un trait (enfin si parce que je l'ai quand même lu en deux temps trois mouvements tellement j'ai apprécié), disons que ça se lit en un peu plus de temps qu'une BD "typique". Bref!

Portugal, c'est la quête de soi. Le vide qui est en Simon au moment où on entame l'histoire c'est celui d'un homme qui ne sait pas bien d'où il vient, ni trop bien où il va. Il est à un stade de sa vie où il bloque et n'est pas apte à se construire ou construire quelque chose avec l'autre parce qu'il lui manque des données. Et, il commencera à entr'apercevoir ce qui lui manque en revenant dans ce pays qui porte l'essence de ses origines. D'un seul coup la nécessité pour lui d'aller à la rencontre de sa famille qu'il s'est jusque là évertué à ignorer se fait pressante. La conscience familiale, d'appartenir à un groupe est donc le premier pas vers la compréhension de soi, de ce qui est semble-t-il le moteur de son moi profond.

"Est-ce que je suis le pays où je suis né? Ou est-ce que je suis peu importe le pays?"

Moi je poserai plutôt cette question : peut-on être sans connaissance de nos origines? Qu'est-ce qui nous définit? Je crois qu'on a tous besoin de savoir d'où l'on vient pour aller de l'avant. D'où l'importance de transmettre son histoire familiale à la nouvelle génération. Pedrosa dans Portugal nous dit aussi qu'il ne faut pas avoir honte de ses origines, cela ne sert à rien de les fuir parce qu'elles finissent par nous rattraper et parfois au moment où l'on s'y attend le moins. Peu importe les conflits familiaux, les querelles, les rancoeurs. La famille c'est la Famille et quoiqu'il en soit on l'aime, elle fait partie de nous comme nous faisons partie d'elle et, parfois, ce qui nous lie les uns aux autres c'est cet amour de la Terre, peut-être pas celle où l'on est né mais celle où l'on se sent entier.

Je ne suis pas assez experte pour parler du dessin. Les traits me semblent fins, les couleurs sont dans des tons majoritairement chauds. L'ensemble est assez plaisant. Et j'imagine que les personnages telles les vieilles dames portugaises, les paysages portugais sont tracés avec fidélité et doivent évoquer auprès des lecteurs portugais de beaux souvenirs de leur pays.

En aparté : Cette histoire je l'ai appréciée peut-être parce qu'elle m'a parlé. Une forme de réciprocité avec certains ressentis de Simon. Je suis une fille d'immigrés sardes, je ne suis pas née là-bas mais petite, chaque été, nous partions passer les vacances en Sardaigne. Petite je n'avais pas ce sentiment d'appartenance à cette terre. Mais en grandissant, de voyage éloigné en voyage éloigné je me suis rendue compte que j'avais le sentiment de laisser sur cette île que je quittais une partie de moi que je ne retrouvais qu'en y retournant. Et j'ai ressenti ça, le sentiment de plénitude d'être là-bas sur la terre de mes ancêtres et finalement la fierté d'appartenir à ces gens de là-bas. C'est ancré en moi, profondément.

Une lecture réalisée dans le cadre du Club de lecture de Lyon. Je vous propose de découvrir le très bel avis de Livrons-nous ici.

11/11/2012

Le vrai est au coffre - Denis Lachaud

le vrai est au coffre,Lachaud,Tom et Véronique,le vrai du faux,transidentité,drame,toi+moi=nous?Ni une ni deux...

Tom, 5 ans, déménage à la Cité des Fleurs, une cité pour cheminots en banlieue parisienne. Il s'épanouit entre ses parents, sa grande soeur Hélène, et Véronique avec qui il joue à la poupée. Il fait aussi la connaissance de Miguel le grutier avec qui il va nouer une grande amitié. Avec l'entrée en primaire, viennent les premiers troubles relationnels, les premières angoisses. Tom est marginalisé aux yeux des autres garçons, insulté, il met alors en place des stratégies d'évitement. Mais lorsqu'il part en classe de neige, plus moyen pour lui d'éviter ses camarades les plus virulents à son encontre. Un accident, Tom disparaît laissant seule Véronique évoluer. Adieu l'enfance, le temps des poupées est terminé. Place au dépassement de soi dans le sport où d'autres liens se tissent, où le verrou est un temps mis sur la colère et le désir de vengeance jusqu'à ce moment où froidement la mort sera donnée et où une nouvelle voie sera prise.

« - C'est quoi ton vrai nom en entier ? - Thomas Fabre. C'est mon vrai nom en entier mais c'est pas moi. Je veux que tu m'appelles Tom. Mes parents m'appellent Toto mais c'est pas moi non plus.

- Pourquoi tu leur dis pas ?

- J'ose pas leur dire. Ils croient que Toto c'est moi alors tant pis. C'est pas grave. »

Avec Le vrai est au coffre, on croit entrer dans une histoire anodine, celle d'un petit garçon de 5 ans heureux de vivre, jouant à la poupée avec sa petite voisine, déambulant entre les voies ferrées de sa cité, s'ouvrant à un nouveau monde. Puis, petit à petit, on sombre dans des méandres qui nous perdent entre imaginaire et réalité. L'histoire se complexifie. Le petit Tom semble porter en lui le poids d'une différence identitaire qui lui vaut le rejet de ses camarades.

« J'avais commis une erreur à un certain moment, j'en étais persuadé. Pourtant, j'avais beau chercher dans ma mémoire l'occasion qui avait pu me mettre en porte-à-faux avec les garçons de la Cité des Fleurs, je ne voyais pas. Encore moins avais-je le pouvoir de remonter le temps pour corriger cette erreur. Il fallait éviter le plus possible de provoquer leur hargne car chaque nouvelle agression verbale effaçait un peu plus les contours encore mal dessinés de ma personne. »

On est passé des jeux insouciants au drame, de la douceur à la violence sans savoir toujours avec certitude dénouer le vrai du faux. On croit soudain avoir tout compris et pourtant la conviction n'est jamais vraiment au rendez-vous. Véronique est là d'abord en arrière plan puis les choses basculent et c'est Tom qui s'efface pour lui laisser toute la place.

« - Tom, Je vais arrêter de te parler. A haute voix en tout cas. Ça fait quinze ans maintenant, on me prend pour une folle quand il m'arrive de t'apostropher. Tu es un petit garçon pour toujours et je ne suis plus une petite fille. Je n'ai pas la moindre idée de l'homme que tu serais en train de devenir. »

C'est peut-être un fait-exprès que Denis Lachaud est situé son action au pied d'une voie ferrée. Parce que dans ce livre le moins que l'on puisse dire c'est que nous avons le choix entre plusieurs chemins et, tout le talent de l'auteur est là, nous laisser choisir quelle voie nous allons emprunter pour donner sens à cette histoire. Certes différents indices sont semés ici ou là qui d'un seul coup viennent confirmer ou infirmer notre vision de l'histoire mais jamais l'auteur ne nous impose une direction... On se croit souvent remis sur les bonnes rails de la compréhension mais une fois la dernière page tournée on n'est pas tout à fait sûrs d'être arrivés en gare...

Le vrai est au coffre c'est comme un voyage sans fin où longtemps après on continue de se demander si on en a vraiment compris le sens et c'est surtout un roman qui amène une réflexion profonde sur la transidentité.

J'ai aimé le rythme, le questionnement permanent, j'ai souvent cédé à la confusion, aux doutes mais je n'ai pas lâché prise. Je crois avoir effectivement compris de quoi il était question, avoir cerné l'histoire mais le Vrai est probablement toujours enfermé dans le coffre de Lachaud. Ce qui compte pourtant, c'est probablement ce que moi je vais faire de cette part de vérité entr'aperçue ^^