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27/04/2013

Tobie Lolness - Timothée de Fombelle

Tobie lolness,Timothée de Fombelle,petit homme mais une grande âme,manichéisme,arbre de vie,tolérance,écologie,amitiésLe monstre du Lolness

Tobie Lolness, c'est l'histoire d'un monde de tout petits hommes - à vue d'oeil environ 2 mm - qui vivent dans un arbre. Ca c'est ce qu'on apprend au bout d'un certain nombre de pages, car l'histoire de fond est celle de la traque et/ou de la fuite d'un enfant poursuivit par son peuple. Récit à rebours qui explique le pourquoi du comment de cette échappée belle et plus encore.

Bon, ça fait un moment que j'ai lu ce roman alors il me faut farfouiller dans les méandres de mon esprit qui a vécu beaucoup de choses depuis, et lu aussi pas mal d'autres choses aussi... En même temps, comme je ne suis pas encore frappée d'Alzheimer, y a des chances que je m'en sorte non? Vous me direz ça à la fin ^^

J'ai aimé :

- Le personnage de Tobie Lolness qui donne tout son sens à l'expression "on a parfois besoin d'un plus petit que soi", même si c'est difficile de faire plus petit que ce peuple-là... Il incarne le courage, la fidélité en amitiés, le don de soi, la compassion aussi. Petit homme intéressant pour lequel on se prend à trembler, pour qui on espère une belle issue...
- Le fait que cette histoire nous invite à réfléchir sur les comportements humains, que ce soit envers les siens ou en regard de la nature. Ce petit microcosme amène ceux qui ne l'ont pas encore fait à ouvrir les yeux sur ce qui se passe dans nos sociétés. Référence notamment au monde des promoteurs immobiliers dévoreurs de ces espaces naturels qui sont pourtant nécessaires à la vie de certains peuples et à la Vie tout court.
- L'histoire du peuple des Pelès, peuple rejeté et craint à tort. Ce que découvrira Tobie. Là, il est question d'un racisme viscéral, sans véritable raison, simplement basé sur l'ignorance de l'autre... Métaphore de cette peur de l'étranger que l'on rencontre bien souvent dans notre monde (y a un peu des Na'vis non dans ce peuple des Pelès? *Na'vis, peuple autochtone de Pandora dans Avatar).
- Cette relation très particulière entre Tobie et Elisha qui sera source de divers rebondissements et surprises.
- Les illustrations de François Place qui sont pertinentes et mettent bien en relief certaines parties du récit. Elles permettent aussi de se faire une idée de ces petits hommes, histoire de ne pas les associer pour ceux qui connaissent aux mini pouces :P

J'ai moins aimé :

- Le côté un peu trop manichéen. J'aurai peut-être apprécié un peu plus de nuances entre le Bien et le Mal, même si un ou deux personnages sont teintés de cette ambivalence, surtout au contact de Tobie. Mais bon, en même temps c'est un titre jeunesse et c'est peut-être plus approprié au message que souhaitait faire passer Timothée de Fombelle. Oui, il fallait peut-être ça pour que le lecteur ne se laisse pas aller à minimiser les faits perpétrés par les vilains du roman.
- Avoir dû attendre "longtemps" avant de savoir pourquoi Tobie était en fuite et ainsi traqué par les siens, ça a imprimé à l'histoire un rythme un peu trop lent par moment. Mais ça c'est mineur et surtout lié à mon impatience de savoir comment tout ça allait se "finir".
Et puis, je n'aime pas quand j'ai le sentiment que l'auteur ficelle son lecteur à l'histoire "juste" parce qu'il lui manque des éléments nécessaires à la compréhension de l'intrigue. Mais je pousse un peu loin hein si je dis ça? Stop! ne me jetez pas de tomates j'arrête et je reconnais que ce n'est pas forcément ce que l'auteur a voulu.

En définitive :

Tobie Lolness est un roman jeunesse d'apprentissage qui saura plaire aux jeunes publics mais aussi aux adultes. On y trouve un récit relativement original, profondément humain, un monde très fourni et diversifié. Une aventure poétique qui n'empêche pas la réflexion sur des thèmes d'actualité tel que l'environnement/l'écologie, le racisme/la peur de l'étranger, le totalitarisme, les relations humaines/l'amitié...
Que ces thèmes nous parlent ou pas, nul doute que Timothée de Fombelle aura su conquérir par son écriture bon nombre de lecteurs.
Je suis quand même un peu curieuse de lire le 2ème et dernier tome de cette histoire, Tobie Lolness-Les yeux d'Elisha, et voir ce qu'il advient de notre jeune héros et des autres protagonistes...

"Les mots sont des combattants de l'ombre. Si on choisit de devenir leurs amis, ils nous aident toute la vie. Sinon, ils se mettent en travers de notre chemin."

08/04/2013

Vertige - Franck Thilliez

vertige,thilliez,gouffre,prison de glace,hot dog un peu spécial...oui j'ai oséPlongée en gouffre trouble...

Y a des jours on préfèrerait rester au lit plutôt que de se réveiller enchaîné par le poignet au fond d'un gouffre. Jonathan Touvier, ex-alpiniste, n'est pas au bout de ses surprises, au fur et à mesure que ses sens s'habituent à cet environnement glacial et obscur, il se découvre en présence de deux autres types dont l'un est enchaîné par le pied et l'autre a, vrillé sur le crâne, un mécanisme qui menace d'exploser s'il s'éloigne au-delà d'une certaine limite de ses compagnons d'infortune. Ajouté à cela, des conditions d'hébergement misérables : pas de nourriture, pas d'eau mais une tente, un coffre, une arme, une lettre et 3 inscriptions énigmatiques au dos de ces messieurs et vous comprendrez qu'il y a de quoi perdre les pédales.

Vertige exploite des ficelles du thriller cinématographique qu'on a pu voir dans des films comme la série des Cube ou Saw (des personnes inconnues les unes aux autres piégées dans un milieu hostile et qui vont devoir faire des sacrifices "humains" pour essayer de s'en sortir). En cela, il n'est pas spécialement original. Mais difficile de lui en tenir rigueur, je conçois qu'il soit quasi impossible aujourd'hui d'innover dans le genre. Pour autant, c'est un thriller très bien mené du point de vue de la torture psychologique vécue par ses protagonistes et par là du lecteur.
C'est donc là que l'auteur excelle, dans cette manière d'entraîner le lecteur dans ce vertige de pensées tournoyantes qui assaillent nos prisonniers. C'est sans répit que nous sombrons comme eux dans des questionnements incessants au sujet des uns et des autres et où nous nous essoufflons à trouver une faille que ce soit dans l'histoire de l'autre ou dans ce gouffre maudit. Que dire de la vague de sentiments qui nous submergent à l'unisson de ces hommes : suspicion, défiance, amitié, haine, peur. Sauf que chez eux ces sentiments sont exacerbés à l'extrême par la faim, par la douleur, par l'isolement. Oui parce que bizarrement, même ensemble ces 3 hommes se sentent parfois bien seuls au fond de ce trou glacial. Certains caractères se révèlent, certaines vérités voient le jour. Et si, et si, et si... Qui croire, puis-je avoir confiance, ai-je le choix, oui mais... pourquoi?

Autant le dire tout de suite, l'âme humaine n'est pas bien belle quand elle se retrouve poussée dans ses retranchements et qu'elle doit affronter les peurs les plus primaires. L'animal sauvage n'est plus celui qu'on croit alors, et certaines scènes en deviennent effroyables de cruauté. On a beau les sentir venir, cela n'en atténue pas la douleur, l'horreur.
Qui a dit l'Homme est un loup pour l'Homme?

La spirale de ce piège vertigineux réserve sa part de surprises bien entendu, de celles qu'on attendait au tournant et d'autres, qui nous laissent à bout de souffle au fond de notre lit où l'on s'était recroquevillé pour ne pas se laisser atteindre par cette ambiance glaciale. Et puis, il y a cette fin ouverte qui laisse le lecteur avec d'autres interrogations. Quelle est la part de vérité dans ce piège machiavélique où Jonathan Touvier a été entraîné?
Piège ou folie? N'empêche on sort de ce thriller la tête en vrac, un peu déboussolé.

25/03/2013

L'enfance d'Alan - Emmanuel Guibert

l'enfance d'alan,emmanuel guibert,alan ingram cope,biographie en dessins,souvenirs,avec tendresse,un hommageUn roman photo illustré

Dans le cadre de l'évènement Priceminister "La BD fait son festival", mon choix s'est porté sur L'enfance d'Alan, d'après les souvenirs d'Alan Ingram Cope d'Emmanuel Guibert.

Pourquoi ce choix? Le résumé, la couverture qui représente un enfant le regard porté vers le large, les pieds dans l'eau. On dirait une photo couleur sépia, d'époque, il s'en dégage une certaine mélancolie.

Cette BD est née d'une rencontre en 1994, celle d'Emmanuel Guibert et Alan Ingram Cope, retraité américain retiré sur l'Ile de Ré. Entre le vieil homme, formidable conteur et le dessinateur l'amitié a débouché sur ce récit illustré où le second a décidé de mettre en images les paroles du premier. De cette "coopération" est né d'abord La guerre d'Alan qui raconte les souvenirs du soldat Alan Ingram Cope durant la guerre 39-45. Ce second partenariat nous livre lui, les souvenirs d'enfance du vieil homme. Réminiscences situées dans cette Amérique d'avant-guerre souffrant de la grande Dépression.

L'enfance d'Alan a ce côté nostalgique qu'ont les souvenirs de qui est arrivé à un certain âge et se penche sur sa vie à distance, le coeur et l'esprit remplis de toutes les découvertes faites, de ces parfums sentis, de ces amitiés éphémères, de tous ces moments riches en émotions qui débordent de soi.
Lire L'enfance d'Alan c'est comme écouter un ancien de sa famille, la tête posée sur ses genoux, nous raconter son passé. Ça a ce quelque chose de tendre, intimiste où l'on se sent bien, au chaud. Un voyage dans un passé, dans un ailleurs qu'on n'a pas connu, dont on a pu entendre vaguement parler mais qu'on considérait avec distance... jusqu' à cette lecture.
C'est une bal(l)ade au coeur d'un homme qui nous raconte son enfance (mêlée de quelques souvenirs d'adulte) heureuse, banale pourrait-on dire, au sein d'une famille "sans histoire", qui a fait son chemin comme elle a pu en des temps difficiles, des temps de récession. Un voyage où l'on comprend l'importance d'appartenir à un clan, à une famille ; chargé d'une part d'admiration toute enfantine pour ces figures qui l'entouraient et faisaient partis de son quotidien.
On parcourt donc ce roman graphique au texte linéaire en esquissant parfois un sourire amusé devant les mésaventures du petit Alan, en se sentant ému par la tendresse qui se dégage des descriptions faite de sa famille, cette manière pleine d'une affection si particulière dans la façon de décrire chacun de ces visages qui l'ont marqué. A d'autres moments, le coeur se pince un peu parce qu'il y a dans toute cette "insouciance" de l'enfance des regrets et des évènements qui l'ont blessé ; ces choses qui on le comprend ont aussi formé l'homme. Oui la mémoire est belle mais elle est aussi cruelle, et les souvenirs se font alors confidences comme pour partager le poids d'un souvenir douloureux trop longtemps porté seul. Dire c'est alors se libérer et peut-être à postériori se faire pardonner...

Il y a beaucoup d'amour, de sensibilité qui se dégagent de ce recueil de souvenirs. Et si ces sentiments transpirent aussi bien du récit c'est qu'ils sont merveilleusement bien accompagnés à la fois par des photos d'époque et par les dessins en noir et blanc d'Emmanuel Guibert (à noter que le prologue à l'histoire d'Alan s'ouvre sur des pleines pages en couleur). Son trait de crayon souligne à la perfection les visages, les corps, les paysages. C'est un dessin qui s'apparente à de la photographie, au style épuré. Une prise de vue illustrant et donnant magistralement vie aux réminiscences d'Alan Ingram Cope. Des souvenirs figés dans le temps qui s'animent à nouveau le temps d'un roman graphique.
Je ne sais comment le dire mais il transperce dans cette superbe mise en images toute l'amitié et le respect du dessinateur pour son vieil ami et c'est juste beau.

Je vous laisse sur ce passage qu'à voulu partager avec nous Alan Ingram Cope et qui est tiré du livre d'Auguste Rodin, L'Art :

-Chapitre "Pour l'artiste, tout est beau dans la nature"
"Mais pour lui, tout est beau parce qu'il marche sans cesse dans la lumière de la vérité spirituelle.
Oui, même dans la souffrance, même dans la mort d'êtres aimés et jusque dans la trahison d'un ami, le grand artiste, et j'entends par ce mot le poète aussi bien que le peintre ou le sculpteur, trouve la tragique volupté de l'admiration.
Il a parfois le coeur à la torture, mais plus fortement encore que sa peine, il éprouve l'âpre joie de comprendre et d'exprimer. Dans tout ce qu'il voit, il saisit clairement les intentions du destin. Sur ses propres angoisses, sur ses pires blessures, il fixe le regard enthousiaste de l'homme qui a deviné les arrêts du sort. Trompé par un être cher, il chancelle sous le coup, puis, se raffermissant, il contemple le perfide comme un bel exemple de bassesse, il salue l'ingratitude comme une expérience dont s'enrichit son âme. Son extase est parfois terrifiante, mais c'est du bonheur encore parce que c'est la continuelle adoration de la vérité.
Quand il aperçoit les êtres qui se détruisent les uns les autres, toute jeunesse qui se fane, toute vigueur qui fléchit, tout génie qui s'éteint, quand il voit face à face la volonté qui décréta toutes ces sombres lois, plus que jamais il jouit de savoir et, rassasié de vérité, il est formidablement heureux."

Je remercie bien évidemment Priceminister et l'éditeur L'Association qui m'ont permis de découvrir cette Bande dessinée de 160 pages. Il ne fait aucun doute que je lirai aussi La guerre d'Alan et L'adolescence d'Alan qui est à venir.

L'enfance d'Alan,Emmanuel Guibert,Alan Ingram Cope,biographie en dessins,souvenirs,avec tendresse,un hommageEt puisqu'il faut lui attribuer une note : 17/20